Recherche

Mardi 18 janvier 2011 2 18 /01 /Jan /2011 22:07



L'Abbaye de Cluny  en Bourgogne (France) (le 1100 éme anniversaire)

Cluny, ce fut la "Major Ecclésia", le phare de la chrétienté médiévale. Il y avait de fastueuses et immenses  peintures murales, des sculptures, des chapiteaux très nombreux, historiés et ornés de motifs végétaux et d'inspiration corinthienne. Il faut dire que cet abbaye achevée en 1130 mesurait 187 m de long, et présentait 5 nefs à 11 travées, un choeur à déambulatoire. De tout cela il ne reste que des vestiges rares (une partie du transept).


Cet édifice magnifique et immense attisa les fureurs révolutionnaires et le vandalisme des générations suivantes qui en firent un chantier de démolition et une carrière de pierres.


Peu de vestiges donc. Cependant cette capitale mondiale de la spiritualité produisit un Sciptorium  qui donna les plus beaux chefs-d'oeuvre de l'enluminure médiévale.
A Cluny on accordait la 1ère place à la liturgie, au chant et au travail intellectuel aux dépens du labeur manuel.
C'est pourquoi entre la fin du 10ème et le début du 11ème, l'abbaye St Pierre de Cluny encourage l'exécution de manuscrits dans son scriptorium. Et à la fin du 11ème la bibliothèque de Cluny est une des plus riches en Europe et possède 570 livres.

 

___________________________________________________________


Quelques étapes de l'enluminure à Cluny :


- Du 10ème au 11ème, ce sont les 1ers manuscrits du scriptorium. De 948 à 994 l'Abbé Mayeul dirigea la production des livres au scriptorium de Cluny et il encourage la copie de manuscrits. Parmi toutes ces copies seuls quelques livres ont des ornements qui d'ailleurs sont assez archaïques. ( à ce moment, à la fin de l'époque carolingienne on assiste à un déclin de l'enluminure) Il s'agit souvent de simples décors à la plume d'initiales, avec parfois des entrelacs, des tresses ou des végétaux et animaux fantastiques. A Cluny il y avait aussi des manuscrits carolingiens, c'est pourquoi les motifs deviennent plus riches plus évolués.
Le scribe Warnerius a laissé de nombreuses traces de sa main. Les fleurs de lys sont sa marque. Cette production est assez austère  mais les motifs sont inspirés de l'art carolingien et mérovingien.

- Vers l'an 1000 avec Odilon : rapprochement avec le style d'Aquitaine; La grande Bible d'Odilon fut commandée au moine Franco. Le répertoire est riche et présente une belle palette colorée. de bleu, rouge, jaune et vert. On remarque une influence nette d'Aquitaine et aussi des manuscrits de Limoges.
Plusieurs autres manuscrits datent de cette époque, et ils se distinguent par le fait qu'il s'agit de dessins à la plume. D'autres présentent des décors géométriques ou à palmettes, rehaussés de jaune et orangé. Certains manuscrits ont été copiés à Cluny et offerts par Odilon à l'empereur Henri 2.

- L'âge d'or de l'enluminure clunisienne. Fin 11ème, début 12ème c'est la fin de l'abbatiat de Hugues de Semur qui aura gouverné pendant 50 ans. Ce sont les plus belles productions du scriptorium de Cluny. La technique picturale de vient très raffinée, avec des matériaux précieux tels que l'or, l'argent, la pourpre et un riche programme iconographique. L'archaïsme est abandonné au profit de deux courants, l'un germanique et l'autre italo-byzantin.
Tel fut le traité d'Ildefonse de Parme qui comprend  35 enluminures richement décorées. Les deux influences pour ces décors sont la culture Ottonienne et d'autre part un courant italo-byzantin. En effet, Odilon et Hugues entretenaient des relations étroites avec les empereurs de l'époque d'où ces divers courants artistiques à Cluny.

 Ce style italo-byzantin  se manifeste aussi dans le Lectionnaire de Cluny et dans la chapelle aux moines de Berzé la ville. Cette chapelle fut le refuge privilégié de Hugues de Semur. Elle présente un riche programme iconographique avec des thèmes prisés à Rome. Le style aussi présente un coloris riche à dominante bleue et ocre. Cette référence à Rome s'ajoute aux autres influences othoniennes  et fait de Cluny un creuset de divers styles, ce qui sera l'âge d'or de la peinture clunysienne, Cluny demeurant un carrefour d'influences.
Cet âge d'or prend fin vers 1130 avec l'achèvement de Cluny 3 et la montée de l'ordre cistercien.

Le lectionnaire de Cluny : c'est un lectionnaire de l'office différent du lectionnaire de la messe. Ce sont des textes bibliques hagiographiques. C'est un volume lourd de grandes dimensions (43 x 32). Il n'en reste que 7 peintures éprouvées par le temps.
Les enluminures sont : la crucifixion, l 'annonciation, la Dormition,  St Pierre en prison... elles sont assez similaires aux fresques de Berzé la Ville. Ce fut peut-être le même atelier. Berzé qui fut la résidence préférée de Hugues.


Techniquement, c'est une mise en oeuvre des recettes médiévales du moine Théophile qui explique comment préparer les couleurs et les poser à la manière grecque. Cette technique grecque diffère de la fresque occidentale car elle présente un métier lent et à sec, des superpositions de couches comme pour l'enluminure. Elle use de dégradés subtils, de superpositions ce qui est la cause d'une moindre adhérence de la matière picturale.


___________________________________________________________


 Hélas il y eut aussi pour tous ces manuscrits si importants et aussi en nombre, une grande perte. Cette vaste dilapidation datant de la révolution, se continue au 19ème siécle en sorte que les manuscrits restant furent remis à l'école centrale d'Autun.

 

Là ce fut le pillage : les collégiens découpent des feuillets et des miniatures. Les marchands d'art complètent le désastre, pillent et vendent. Les élèves pouvaient s'introduire dans le local des manuscrits et découpaient les enluminures et les feuillets pour faire des couvertures ou des cartables.

 

Un charcutier à Cluny se servait aussi des feuillets pour envelopper des saucissons. Tel sont les faits qui font que  Cluny, capitale mondiale de la chrétienté ne témoignent plus que de vestiges, tant pour son scriptorium que pour son  architecture.
Finalement sur 570 livres magnifiques il n'en resta plus que 97 entrés à la Bibliothèque nationale  en 1881.

R.Dumoux
www.viapictura.com


> En savoir plus sur Cluny : blog  "Abbaye de Cluny 910-2010" Auteur P. Frédéric Curnier-Laroche

 

 

Publié dans : Répertoire iconographique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 22:29


La peinture: les Silhouettes (art 2)


La silhouette se définit comme une forme se détachant en noir sur un fond clair.

Il y a 3 sortes de silhouettes : la silhouette naturelle, la silhouette projetée et la silhouette image (peinte)


La silhouette naturelle c'est lorsqu'un objet est à contre jour. Par exemple une silhouette sombre  se détache sur un fond lumineux et l'on ne distingue pas les détails précis du personnage.

________________________________________________________________


La silhouette projetée, c'est l'ombre d'un objet éclairé.

C'est une sorte d'ombre portée et son intérêt réside dans la reproduction précise d'un contour. Tels sont les jeux d'ombre réalisés avec les mains. On a été ainsi amené à créer des objets découpés spécialement pour faire des ombres portées :ce sont alors les théâtres d'ombre, les marionnettes  et ombres chinoises.

C'est au 18ème siécle puis au 19ème que la silhouette projetée connaît la plus grande vogue.
On dessine et on découpe  pour obtenir des ombres d'objets bien précis dans le détail. Au 19ème ce sera les spectacles de théâtre d'ombres. Pour cela Henri Rivière réalise des légendes à personnages multiples. Il était influencé par les estampes japonaises ou l'on remarque des silhouettes projetées comme dans les gravures d'Utamaro.
D'autre part des scénarios de Caran d'Ache racontent les épopées de Napoléon avec abondance de personnages. Par exemple le Napoléon acclamé par la foule est un Zinc découpé et peint en noir. En art contemporain Christian Boltanski  a aussi réalisé des installations à l'aide de silhouettes projetées et parfois animées.
Mais les silhouettes projetées étaient éphémères aussi on les fixa sur un support et cela permit de dessiner le contour de l'ombre. C''est à ce procédé que traditionnellement on attribue l'invention du dessin et de la peinture : selon la légende grecque, c'est la fille de Dibutade qui  traça sur le mur le profil de son amant Polémon avant son départ pour un lointain voyage. Ainsi la silhouette image est une illustration de ce mythe antique qui se perpétue.

________________________________________________________________


- La silhouette peinte : la silhouette est découpée dans un carton et puis elle est peinte en noir.


C'est l 'ART de la SILHOUETTE  qui connut un développement historique important et fut d'un grand intérêt.
L'art du papier découpé existait déjà au moyen Age  en Perse et en Turquie mais il restait purement décoratif.
Le véritable art de la silhouette naît quand la personne humaine en devient le principal sujet sous la forme d'un profil, depuis la fin du 17ème jusqu'au 20ème siécle.


Ce sera l'époque des profils anglais car c'est en Angleterre que commence cette mode des profils dans un pays qui privilégia  longtemps l'art du portrait, après l'accueil de Holbein et de van Dyck
Le plus célèbre portraitiste de profils fut au 18ème John Miers. Il y eut aussi Buncombe , Jorden, Foster.
Mais il y eut aussi  un grand nombre de femmes profilistes la plus célèbre étant Isabelle Beetham, virtuose des ciseaux également des français firent carrière en Angleterre.


- En France le terme de silhouette vient du nom de  Etienne de Silhouette en 1759 alors que les anglais parlaient de "profils"  Mais en France cet art fut moins répandu. On préférait les portraits peints. Telles sont les oeuvres de Nicolas Cochin ou de Carmontelle. Le plus célèbre profiliste français fut Edouard qui eut une réputation mondiale. Edouard après 10 ans aux Etats Unis et son naufrage à Guernesey, il sauve cependant  3800 profils, ensemble précieux. Autres Français : François  Gonord ou François Torond qui eut du succès avec ses "conversations groups"  (profils assemblés dans un salon)


- La silhouette aux Etats unis fut parfois le fait des immigrés qui en répandirent la mode : quelques noms importants de profilistes sont : John André, William Hubard, ou charles Pearle. On peut citer également une figure historique, Eléonor Custis.


- Dans les pays germaniques, l'art de la silhouette connaît son plus grand développement et une grande popularité. Ce qui fut déterminant pour cet art : la personne de Lavater savant à Zurich avec sa publication de son ouvrage sur la physiognomonie. Cette théorie soulignait la subtilité et la richesse des variations  dans les profils humains permettant des interprétations psychologiques. Il proposait la méthode de projection d'une ombre sur un écran. et cela rappelait la légende grecque de Dibutade. Lavater était collectionneur de profils. Goethe avait compris l'importance de ce livre de Lavater.

A la suite de cela il y eut de nombreux profilistes dont le peintre Otto Runge avec ses  fleurs découpées.


- Au 19ème siécle l'apparition de la photo en 1839 porte un coup fatal à l'art du portrait en silhouette.
Cependant l'art du portrait continue sous une autre forme  en représentant des scènes complexes. Ce sont par exemple des "conversation group" et en Allemagne ce procédé se développe en illustrant des contes.
Il y eut Knapp et puis  Konewska et des illustrations de Goethe. Il y eut aussi le conteur danois Andersen.


- Cette formule se poursuit au 20ème siécle. Vers 1930, l'oeuvre de Reiniger met en silhouette les opéras de Mozart. Puis on a incorporé l'art de la silhouette au cinéma et l'on créé des films en silhouettes comme des dessins animés et il y a un rapprochement avec le cinéma expressionniste allemand comme Murnau.


Toujours au 19 ème et début 20ème la silhouette avec son caractère schématique convient au style de l'affiche. Par exemple Jules Chéret se réfère directement à Dibutade dans une affiche où une silhouette est en train de peindre. On retrouve cela dans l'affiche pour le Moulin Rouge de Lautrec. avec le contre-jour de Valentin au 1er plan et les personnages noirs à l'arrière plan. L'art de la silhouette a ainsi une large destinée sous la forme de silhouettes peintes sur les tableaux au cours de l'histoire de l'art.
Aujourd'hui , les silhouettistes de Montmartre proposent le choix entre deux profils, l'un noir, l'autre blanc. La silhouette blanche ressemble au réel, c'est ce que Matisse a fait en découpant des figures de Vénus en blanc sur fond bleu.
Dans une expression récente il y a l'américaine Kara Walker qui en 2001 combine image projetée et image découpée dans de grands ensembles tels "papier découpés et projection murale (470x 1140 cm) "

L'art de la silhouette peut conserver une actualité réelle et un pouvoir de création qui permet un renouvellement sensible dans la création artistique.

R.Dumoux
www.viapictura.com

Publié dans : Répertoire iconographique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 22:12


La peinture. Lumières et Visions

Outre les caractéristiques du métier de la peinture, plusieurs notions peuvent nous guider dans la recherche du langage de la peinture.
Nous citerons successivement : les reflets, les silhouettes, les ombres, les transparences et les différentes intensités lumineuses.

- LES REFLETS
Le reflet est le résultat de la réflexion d'une source de lumière sur une surface donnée.
En peinture les reflets nous donnent l'apparence visuelle des objets et puis le reflet exprime la matière et le caractère d'un objet..
Il y a 2 sortes de reflets naturels : le reflet cornéen et le reflet sur l'eau.

________________________________________________________________
 

 

1- Le reflet cornéen est le plus singulier des reflets sur le corps : le reflet cornéen est l'effet que la lumière produit sur l'oeil.
La cornée est la partie antérieure du globe de l'oeil et autour le blanc de l'oeil est la sclère,opaque. La cornée est transparente et très lisse, cela fait qu'elle réfléchit la lumière comme un miroir convexe. (remarquons qu'en peinture il y a souvent des miroirs convexes. (les époux Arnolfini de  Van Eyck )


Le reflet cornéen en peinture, exemples :
- Les 1ers reflets connus sont ceux de la peinture romaine, comme dans les fresques et mosaïques de Pompéi. Cela contribue à l'aspect réaliste des visages, en donnant  de la vivacité aux portraits. Egalement on trouve le reflet cornéen dans les portraits du Fayoum de même qu'il existe dans l'art paléo-chrétien.


Au Moyen Age, le reflet cornéen disparaît car cet art n'était pas réaliste et les effets de lumière étaient rendus de façon approximative. Ainsi l'absence de reflets est fréquente dans l'art byzantin, roman ou gothique.


- A la Renaissance, le reflet cornéen réapparaît au début du 15 éme avec l'intérêt pour les effets de lumière.L'origine est dans les Flandres avec Van Eyck, Robert Campin ou Van de Weyden. D'autre part Dürer met bien en évidence l'analogie entre le miroir convexe et l'oeil. Souvent le reflet cornéenprend l'apparence d'une fenêtre à 4 carreaux et l'oeil est la fenêtre de l'âme.
Le modèle nordique du reflet cornéen gagne l'Italie grâce à Antonello. On voit ainsi de reflets cornéens marqués dans les peintures de Lippi, Botticelli, Bellini ou Arcimboldo. et plus tard dans la peinture baroque.
Cette tache lumineuse sur l'oeil ne dépend pas de la dimension des oeuvres: elle est toujours absente des grands yeux byzantins et elle est toujours présente dans les portraits des miniatures du 18 éme siécle.


Cependant dans l'oeuvre de Léonard de Vinci, l'absence de reflet correspond à un éclairage uniforme de lumière tamisée. Sans reflet cornéen, le regard est moins vif et moins aigu mais il a plus de profondeur, plus de douceur et d'intériorisation.
Ainsi l'utilisation du reflet cornéen est très variable, selon les expressions des figures.

-Dans l'art moderne le reflet cornéen est peu représenté. sinon chez les artistes au réalisme minutieux .
On peut dire que le reflet cornéen a une signification psychologique et aussi picturale.
 L'expression d'un personnage est différente selon la présence ou l'absence de reflet. D'autre part le reflet cornéen témoigne de l'esthétique du détail qui caractérise longtemps la peinture.

________________________________________________________________

 

2- Les reflets sur l'eau en peinture.

Il y a d'une part les reflets , comme miroir de l'eau et d'autre part les reflets sur la surface de l'eau qui bouge, les reflets variables.


Le miroir d'eau, depuis le début de la Renaissance, apparaît comme une copie fidèle de l'objet qu'il reflète. On le voit chez Poussin. Ou bien Lles reflets de la lune chez Adam Elsheimer. Le reflet est exactement symétrique par rapport aux objets.
Les surréalistes ont utilisé cet aspect fantastique du dédoublement des objets. Par exemple Dali avec "Cygnes réfléchis en éléphants" Il y a aussi les reflets verticaux dans "la nuit étoilée" de Van Gogh.

Pour ce qui est des reflets sur l'eau ils ne sont pas peints uniformément mais sont interrompus et suivent les ondulations.


Dans de  prochains articles seront abordés d'autres caractéristiques picturales : les silhouettes, les ombres et les transparences.

R.Dumoux
www.viapictura.com

Publié dans : Répertoire iconographique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 15:01


              - Il y eut tout d'abord la préparation en nombre de panneaux : il a fallu encoller, maroufler de la toile sur un support de bois, y apposer une préparation à base de colle de peau chaude et de plâtre. Après des recherches diverses dans mes collections de dessins, ce fut la mise en place au fusain d'une trentaine de compositions.
Quels sont les thèmes abordés ? Souvent ils sont en prolongement des recherches de l'année précédente.

IMGP1033s.jpg
Petits panneaux préparés. Automne 2010 - R. Dumoux © viapictura.com

 
Selon des dimensions variables (de 65 x 90 à 24 x 32 cm) sont crées des variations allant de vues de cosmologies à des scènes mythologiques ou bien ce sont encore des évocations des 4 éléments sur des panneaux horizontaux de 140 x 30 cm. Scènes mythologiques alternent avec des scènes bibliques selon des formats verticaux. Enfin de nombreux petits panneaux figurent des figures de grotesques, des signes du zodiaque ou encore des animaux et oiseaux, en somme un ensemble de curiosités.
La mise en place des compositions étant assurée, il est alors nécessaire de travailler le dessin au crayon dur de façon à avoir une précision rigoureuse et un fini dans le détail.

 

IMGP1032s.jpg
Petits panneaux préparés. Automne 2010 - R. Dumoux © viapictura.com

 

Ainsi sont préparés une trentaine de panneaux qui seront travaillés à la façon de miniatures au cours de l'hiver. Le travail sera réalisé a tempéra : tout d'abord une ébauche générale est apposée sur toute la surface du tableau de façon à définir les tonalités locales. Il s'agit d'une couleur très légère et diluée.
A la suite de cela la couleur locale sera nourrie de façon plus contrastée et avec saturation des couleurs pour terminer à l'aide de lumières, d'accents clairs, blanc dorés, rayons lumineux qui sont comme des  reflets célestes.

              - Un autre travail réalisé au cours de l'automne : la préparation de plusieurs toiles de 5 m. x 3m. ainsi que leurs maquettes, noir blanc, couleur  , ébauche colorée.
Les projets sont à l'échelle 1/20 éme
Les thèmes en sont :
1- Le moyen Age
2- La grande vague
3- L'Inde

On peut constater un élargissement du programme du Pictorama (40 toiles de 5m x 3 m) : en effet il ne couvre plus seulement l'histoire mais se développe aussi dans l'espace selon les continents et  les manifestations naturelles.


Comme toujours il a fallu faire la préparation de la toile. Etalée au sol, la surface de 5 m. x 3 est enduite de couches minces de colle de peau à chaud et de préparation à base de colle de peau et de blanc d'Espagne à chaud également. 3 à 4 passages légers sont nécessaires .
Pour chacun des thèmes évoqués l'agrandissement au carreau se fait à partir de la maquette sur la toile : mise en place des masses à la craie rouge , précision du dessin au fusain et reprise du trait au pinceau. Enfin à partir de la maquette colorée, est pratiquée l'ébauche colorée de la toile. C'est à dire que des jus liquides à base de pigments liés à l'oeuf (jaune et blanc) mais très dilué au vinaigre, permettent une mise en place de toutes les couleurs locales.

La réalisation finale sera menée à son terme en 2011 au printemps. Ce sera un  travail considérable car il s'agit de la saturation des couleurs, des contrastes, des lumières et de la réalisation de tous les détails, des figures, portraits ou animaux , tissus drapés et de leur expression précise.
Mais j'aurai l'occasion de reparler en 2011 de chacune de ces toiles abouties.

R.Dumoux
www.viapictura.com
 

Publié dans : Travail en cours
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 22 novembre 2010 1 22 /11 /Nov /2010 22:42



 Art aborigène. Australie du Nord.

Il s'agit des traditions figuratives en terre d' Arnhem.
C'est le peintre et anthropologue Karel Kupka qui à partir de 1964 constitua un fond d'art  australien et en particulier de la collection d'écorces peintes du musée Branly: un ensemble de 6o peintures de la terre d'Arhem, de grande importance pour l'art aborigène. C'est l'âge d'or de la peinture sur écorce.
On assiste à une intensification de cette production vers 1960, 1970, pour faire reconnaître la force des savoirs  ancestraux .
Kupka était très admiratif de la force de ces peintures: il fit 3 missions de collecte pour 3 musées, à Bâle, Paris et Camberra de 1956 à1964; il décrit les styles, les techniques et les sujets mythiques représentés..Il fut le témoin essentiel de cet art. L'administration et les missionnaires soutiennent cette activité artistique, car on souhaite valoriser la culture traditionnelle des savoirs ancestraux et on met  en place des réseaux commerciaux.
Kupka prend des photos qui montrent les peintres à l'oeuvre sur des écorces, en terre d'Arnhem: ils sont assis en tailleur, l'écorce posée sur les genoux, sous des abris de branche en forme d'ateliers sommaires. D'autres photos les montrent en train de peindre les motifs sur les corps de participants à des cérémonies de funérailles ou de fertilité.

Dans le contexte cérémoniel,les écorces peintes faisaient office de carnets de croquis sur lesquels les peintres s'exercent avant de tracer leurs motifs sur des objets rituels. Quand ils peignent, ils entonnent des chants rituels associés aux êtres ancestraux. Plus tard, la peinture sur écorce devient un support nouveau qui actualise le savoir ancestral et le transmet aux générations.

La terre d'Arnhem au Nord a un climat à la fois très sec et très humide.
Il y a une alternance de climat très humide et très sec et les aborigènes associent ces changements climatiques à l'action d'un être ancestral, force de la nature.
Le relief est rocheux et il y a là, la plus grande concentration de peintures rupestres au monde. On y voit les images millénaires d'êtres anthropomorphes animaux ou phytomorphes. Ces figures représentent des esprits: les MIMIKS qui sont des êtres filiformes dans le rocher.


Dans les territoires il y a 40 clans qui détiennent la propriété du patrimoine.
Ce patrimoine se compose de la pensée mythique des esprits WANGARR.
Ces esprits pendant leur voyage dans le cosmos ont donné sens et forme au monde.
Figures de la création en terre d'Arnhem, les Wangarrs sont des êtres hybrides
qui tiennent leurs qualités des humains animaux, végétaux, astres et phénomènes météo, en traversant les territoires par terre air ou mer. Ils influents sur la reproduction des espèces animales , végétales et sur la vie des hommes et le foetus des femmes.Pour les défunts, des représentations étaient peintes sur le torse des cadavres, pratique qui a été transposée sur les linceuls et les cercueils.

Les Wangarrs illustrent leur action à l'aide de chants,  de couplets qui racontent les saisons, les mouvements des astres et des marées,la vie animale, végétale. Les mêmes images se retrouvent dans le domaine rituel et dans l'art contemporain. Chaque peinture sur écorce est un épisode mythique, une révélation d'être wangarr dans les sites sacrés recrées dans les pistes de danse sous les pas des danseurs. Chaque peinture est une méditation figurative sur la complexité des relations humaines, sur les formes de la vie ou de l'environnement.

Matière, couleur et forme des peintures, les effets.
Il y a d'abord la collecte des matériaux: il faut aller dans les terres pour être en présence des forces ancestrales. Les pigments colorés récoltés dans les paysages  ont une origine mythique et ils contiennent des substances ancestrales: graisse urine, sang, excréments.
Les écorces se prélévent dans le savane tropicale sur les eucalyptus. Les diverses pièces sont détachées des arbres à la saison des pluies lorsque le bois est souple, ensuite elles sont durcies par le feu et aplaties avec des pierres. Le support obtenu est enduit d'un liant à base de suc d'orchidée sauvage ou de fixatif industriel. Puis une couche d'ocre jaune  ou d'ocre rouge est apposée pour peindre les motifs sacrés. .Ces motifs sont peints aussi sur la peau, sur le bois ou la pierre. Ce sont des enfilades de losanges, des bandes et croisillons , traces des ancêtres qui ont un pouvoir spirituel. Les meilleures peintures provoquent un chatoiement  une lumière qui scintille évoquant les rayons du soleil ou les reflets des fleurs blanches d'eucalyptus sur l'eau. Elles sont à la dimension du cosmos et retracent les relations entre les existants.

Origine des peintures sur écorce de la terre d' Arnhem.
En Australie du Nord des centaines de peintures rupestres d'animaux et d'esprits ( de  - 60000 à -9000)
montrent les sujets des aborigènes. Déjà on voit la structure osseuse interne et les organes à travers l'enveloppe charnelle. Ce style est appelé à Rayons X.
Les mêmes peintures étaient peintes sur la paroi de huttes temporaires à la saison des pluies pour enseigner aux enfants l'art de chasser et celui de découper la viande .
Ces peintures représentent le gibier convoités, oiseaux, poissons, mammifères terrestres et marins. D'autres peintures à rayons X révèlent des cartes anatomiques du paysage. Telle est la peinture  du Serpent  Arc en Ciel à l'origine des formes de vie;  dans ses circonvolutions il révèle la topographie du territoire , les sites géographiques étant reliés entre eux per le serpent.

Maintenant, après le retour à la terre des années 70 il y a de nouveaux groupes de peuples et il existe des centres innovants avec des courants artistiques majeurs.
Il y a de véritables écoles d'art autour de maîtres peintres. On fait une médiatisation avec les acteurs du marché sur la scène de l'art contemporain. Et l'on continue de reproduire les modèles du passé ancestral: espèces végétales, animales, esprits et motifs géométriques classiques.
L'artiste se conforme aux normes traditionnelles mais il cherche aussi des variantes..Les écorces de Kupka transposent la peinture rupestre sur des supports transportables tout en conservant le dynamisme de la cosmologie aborigène.
Telle est l'évolution actuelle du peintre ( personne faisant un travail de peinture),
Mawurndjul: il travaille sur la complexité du RARRK et créé ainsi une abstraction micro-organique très complexe et magnifique.
En 2005 il a eu une rétrospective au musée Tinguely  à Bâle,  la 1ére dans un musée pour un artiste aborigène. (avec les 1éres écorces au musée Branly)

R.Dumoux
www.viapictura.com



Publié dans : Répertoire iconographique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Recommander

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés