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Vendredi 23 février 2007
Le 17 ème siècle. Le siècle du Léviathan. (art.1)

Dans ce projet de toile de 5 m x 3 seront dépeints des aspects antinomiques
de l'époque du Roi Soleil.

"Le 17 ème siècle. Le siècle du Léviathan" - maquette colorée de la toile de 5 mètres - R. Dumoux

Ce 17 ème siècle est une période de violences, de guerres, de fléaux, sécheresses, famines, de maladies, de peste. La vie est un long calvaire.
La mort
est une obsession et on développe l'idée de la punition divine. Les croyants cherchent à comprendre, on chasse les sorcières pour trouver des solutions.

D'emblée,ces considérations situent les problèmes de ce siècle  et il est intéressant de les aborder de plus près avant de dessiner et de rechercher une composition précise .

Le grand siècle est avant tout gris et sombre. Les pays européens sont touchés sous de diverses formes:
- en Espagne, c'est la banqueroute qui entraîne des crises et des calamités graves.La peste cause 8 millions de morts. Cependant c'est le siècle d'Or de Velasquez, Zurbaran ou Murillo.
- en France, Il y a des épidémies; 2.800.000 morts de maladies et aussi à cause de la disette. Il y a une grave crise de subsistances. Le pain est si précieux qu'on le marque d'une croix lorsqu'on le tranche, tradition qui est demeurée vive jusqu'à nous dans les campagnes.On invoque St Roch  pour protèger la France et Paris de la peste.
- en Italie sévit la peste en 1630 et 1656 cependant qu'à l'opposé la Rome baroque et papale s'embellit.
- A Naples, on subit la colère du Vésuve et des tremblements de terre en même temps que peste et disette. Le campanile de l'église Santa Croce s'abat et on sortira les reliques et en particulier la tête miraculeuse de St Janvier et l'épidémie va cesser.
- En Angleterre il y aura aussi la peste. De plus le feu va ravager les constructions de bois de Londres en 1666.

A ces désastres naturels il faut ajouter la violence des guerres de toutes natures.

Il faut noter la violence des guerriers de Dieu; l'époque est intolérante. Avec la répression des sorcières les bûchers vont s'allumer, avec dénonciations, exécutions publics. L'effroi de bûchers de la sorcellerie marque les esprits, de même que la menace de la nuit avec ses feux follets et les clairs de lune.
La lumière dans la nuit, c'est aussi le temps des nocturnes de Georges de la Tour.
On imagine aussi les gueux et les clochards des romans picaresques ou encore les gravures de Jacques Callot.

Le grand siècle est celui de la guerre multiforme: guerre religieuse entre protestants et catholiques après le concile de Trente. Les catholiques partent à la conquête des âmes égarées et Ignace de Loyola avec les Jésuites portera la Parole dans l'Univers.
C'est aussi un siècle de de violences et d'insécurité et le message de Luther ou Calvin est déterminant. Violence théologique, violence du protestantisme aboutiront aux massacres de la St Barthélémy.

(Les guerres sont religieuses mais aussi territoriales. on s'oppose à la domination des Habsbourg; c'est la guerre de tente ans. Défaite des protestants, recatholicisation de la Bohême: les soldats vont au combat avec un retable de l'image de la Vierge ou l'étendard de Léviathan: c'est un colossal monstre marin symbolisant les puissances du mal et de nombreuses petites têtes sont tournées vers lui. Son corps est couvert d'écailles comme un crocodile monstrueux.)

Léviathan est le titre d'un ouvrage de Hobbes: il observe l'Europe à feu et à sang.
Dans son "Léviathan" de 1651 Hobbes dit: " la vie de l'homme est besogneuse, solitaire, quasi animale. L'homme est un loup pour l'homme." Et cela depuis les comportements quotidiens.
Pascal s'inscrit aussi dans cette perspective pessimiste. Hobbes pense que seul un pouvoir sur-puissant peut faire barrage aux passions destructrices et il faut nécessairement une discipline imposée de respect .

Il faut alors sortir l'homme  de ce labyrinthe du monde.
Le salut peut venir de l'Education: c'est l'idée fondatrice de Coménius: enseignant le latin en Pologne, il pense qu'il faut instruire la jeunesse. L'école contre ce monde de chaos est la voie de salut contre la barbarie. Cette pensée de l'éducation des enfants est révolutionnaire pour l'époque. Jusque là on avait une conception négative de l'enfance qui était considérée comme vile et avec laquelle il fallait rompre. Pour Coménius, au contraire l'enfant est la Vérité, la dimension sacrée de l'homme.
Ainsi Coménius va concevoir le livre scolaire illustré. Il a créé une science de l'Education, la 1ère pédagogie pour faire naître une humanité meilleure.

Un autre aspect du salut: par le Verbe ou par l'Image. Le concile de Trente réaffirme la médiation des images pour communiquer avec Dieu. A l'encontre de l'iconophobie de Calvin, ce sera la Contre-Réforme.

Pour cette toile de 5 m, une composition est imaginée à partir de cette atmosphère et des faits qui en découlent. Une description détaillée des éléments qui la composent fera l'objet du prochain article.

R.Dumoux

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Jeudi 22 février 2007
Le 17 ème siècle. Toiles de 5 mx 3, extraites du Pictorama .

Deux toiles de 5 mètres se rapportent au 17 ème siècle.
1- Le siècle de LOUIS XIV. Le roi Soleil.
2- Le 17 ème siècle. Le siècle du Léviathan.

1- Le siècle de Louis XIV. La composition s'organise autour du roi soleil triomphant sur son quadrige et parcourant les continents et les océans.
(Le roi Soleil avait choisi Richelieu comme grand maître de la navigation et du commerce. Grâce à de nombreux  vaisseaux, la France pouvait aussi se rendre maître de la mer et créer des compagnies maritimes.)
"XVIIème siècle - Louis XIV" - maquette colorée de la toile de 5 mètres x 3 - R. Dumoux

 Les 4 chevaux de front, à la cime des flots constituent le 1er plan du tableau. Ils  sont précédés à droite par une sirène, inspirée d'une proue de navire et à gauche, surgi de l'onde, apparaît un mélancolique Neptune et son trident.

"XVIIème siècle - Louis XIV" (détail) - tempera sur toile de 5 mètres x 3 - R. Dumoux

Au centre de la composition, rayonnant, s'impose Louis XIV; il a comme attribut une harpe. Il est le centre lumineux de la composition, le soleil, l'or qui irradie sur toute la surface de la toile. Cette figure du roi sur son quadrige est inspirée d'un  tableau du 17 ème siècle au château de Versailles. Louis XIV apparait comme Apollon sur son char.
"XVIIème siècle - Louis XIV" (détail) - tempera sur toile de 5 mètres x 3 - R. Dumoux

Louis domine sur les continents et les mers : c'est le début des aventures maritimes et on pense à conquérir le monde ainsi qu'à créer des compagnies maritimes. Plusieurs vaisseaux du Roi déploient largement leurs voilures dans le tableau et constituent pour cela une caractéristique picturale et plastique recherchée.
Enfin, de part et d'autre, des éléments d'architecture soutiennent la construction de l'image: à droite c'est l'évocation, d'un port maritime qui peut faire penser aux vues de Claude Lorrain, alors qu'à gauche il s'agit d'une architecture de style classique ou baroque caractéristique du 17 ème siècle ou du château de Versailles.
On remarque aussi, couronnant le roi Louis, un génie ailé, symbolisant le pouvoir divin, au centre de la composition.

La couleur d'ensemble est une dominante de bleus illuminés de rayonnements or: elle est symbolique de la royauté centrale qui étend sa domination sur le monde.
Louis XIV définit le pouvoir central de droit divin et l'absolutisme : il détient toute puissance et toute autorité et le sujet obéit sans discernement.

Cette toile spectaculaire, suggestive et décorative est entreposée dans mes collections, dans l'attente d'une présentation publique.

2- Le 17 ème siècle ou le siècle du Léviathan.
Ce sera l'objet du prochain article.

R.Dumoux
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Jeudi 22 février 2007
Le corps anormal . Conclusion(art.6)

Nous l'avons vu, la mise en scène des monstres a disparu pour laisser la place au soutien médicalisé de la difformité, le monstre en tant que tel n'étant plus qu'un simulacre de divertissement.
En outre, en prolongement de la médicalisation, toutes les anomalies du corps ont fait l'objet d'un immense effort de correction et de normalisation au cours du 20ème siècle.
 
(Dans le domaine de l'anomalie on peut distinguer plusieurs aspects:
les monstruosités du corps, les tares du caractères et les distinctions tribales de la race et de la religion.)

On assiste à une banalisation:
Les distinctions vont s'estomper entre difformités physiques et anomalies psychiques ou de races.
Le handicap est maintenant partie intégrante de toute condition humaine, il est une caractéristique du cours de la vie.
En 2001, 40 millions d'américains souffrent de déficiences physiques ou psychiques. Le corps anormal se convertit en corps ordinaire et on banalise et gomme les stigmates qui différencient. (On ne dit plus un nain mais une personne de petite taille)
La difformité est dissolue dans la multiplication des différences.

D'autre part, le progrès de la science, de la génétique permet de déceler la monstruosité en germe et les techniques de visualisation in utéro repèrent les difformités.
On va multiplier et sophistiquer les prothèses pour pallier à un nombres croissant de défaillances. On pratiquera aussi des chirurgies réparatrices pour des monstruosités lourdes.

D'autre part, l'art d'effacer les difformités légères est vraiment en expansion.
Le souci de soi, de son apparence, va se généraliser dans le sens d'une rénovation corporelle.
La chirurgie esthétique se développe et on parle beaucoup des imperfections du corps pour y remédier, pour améliorer l'aspect d'un visage. On réécrit une norme corporelle, d'autant que l'individu se croit difforme (on parle de dysmorphophobie)  et demeure en quête permanente d'interventions chirurgicales.
Il s'agit là maintenant des pathologies de l'hypernormalité.

On peut ajouter aussi que la bio-technologie peut prendre en compte la transformation du corps. La consommation de stéroïdes, le dopage et surtout le body-buiding contribuent à construire un homme nouveau qui s'apparente parfois au monstre mais témoigne néanmoins du désir de l'homme de transformer son corps.

On dépasse l'esthétique et on veut inventer de nouvelles formes de beauté.
Et cela d'autant plus, qu' il existe des moyens performants pour lutter contre l'âge et le vieillissement. Comme l'a écrit Foucault: on peut sculpter sa statue. (Ce qui évoque aussi les interventions chirurgicales  de l'artiste Orlan sur son corps, les self- hybridations.)

L'homme du passé, catalogué selon les âges, et sujet aux difformités et maladies récurentes, peut sembler obsolète et la marche de l'humanité semble se faire en direction d'une recherche de nouveaux canons et de la recherche d'un rêve de l'immortalité.

R.Dumoux

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Vendredi 16 février 2007
Nouveaux aspects du monstre. (art.5)
(Simulacres et monstres optiques.)

Après la disparition du spectacle du corps anormal, le monstre va maintenant prospérer sous d'autres formes et ceci jusqu'à nous.

Dès l'invention du cinéma, les monstres réels délaissent les baraques foraines et les entre-sorts pour envahir les écrans.
La curiosité rebutée par l'exhibition tératologique cède à l'attraction d'illusions d'optiques très variées. Ce n'est plus la perception directe et brutale. Les corps sont convertis en signes par le biais de fantômes de lumière ou de spectres lumineux. Ce sont des conventions visuelles, des simulacres qui remplacent les exhibitions réalistes et offensantes.

Maintenant on ne veut plus voir les exécutions capitales , cependant on découvrira dans les foires des femmes sans têtes, des illusions, des décapités parlant. La morgue va fermer ses portes, cependant  dans les illusions on va s'acharner sur le corps féminin en le sciant ou en le perçant.

Le cinéma va prolonger l'art forain de l'illusion.

- Méliès
vient de la foire avec ses effets spéciaux et ses expériences diverses.

- Puis il y aura le film d'épouvante dérivé de la  théâtralité sanglante du Grand-guignol.

- Avec le Cabinet du Dr Caligaridès 1919 puis Nosferatu de Murnau en 1922, puis Frankenstein, Dracula , Dr Jekyll etc on installe des monstres officiellement sur le devant de la scène.

-Tod Browning va créer des films d'horreur et en particulier Freaks.
A partir de l'histoire d'un nain et d'une belle écuyère, c'est un véritable casting de monstres humains et de spécimens tératologiques. Ce tournage est parfois tellement monstrueux que des acteurs refusent les rôles.
Freaks est un monde d'un extrême réalisme tératologique, proche du voyeurisme.
L'écran est saturé de monstres, mais il y a aussi de la compassion et on sent bien que les monstres sont humains et souffrent.(Un peu comme dans Elephant Man de David Lynch)
Freaks fut un désastre financier et marqua la fin de la carrière de Tod Browning.
Ce film, galerie des horreurs humaines, était condamné par la critique à cause de l'interdiction du spectacle de la difformité..

Maintenant on va rechercher une plus grande standardisation des productions, des produits plus lisses. Alors que Freaks créaient un malaise, on veut tranquilliser et émouvoir les foules.
L'échec de Freaks fait écho à la fermeture des entre-sorts et clôt la période de l'exhibition de la difformité ouverte bien avant avec Barnum et son Américan Muséum.

Mais à partir de 1933, c'est un succès éclatant avec un autre monstre, avec le corps simulacre, le gorille brutal, King Kong. Ce ne sont plus de véritables monstres humains mais des artefacts monstrueux, des automates et des illusions.
Les effets spéciaux vont débiter une foule de difformités et, à la suite de King Kong, ce sera un catalogue des catastrophes du 20ème, les guerres, les épidémies et folies scientifiques. A nouveau, on créé Frankenstein, le Dr Jekill et aussi l'île du Dr Moreau, témoignant des inquiétudes face à la toute puissance médicale.

Godzilla va surgir de la peur des radiations atomiques. Puis ce seront les envahisseurs martiens.
La contamination du sang au cours des années 80 réanime les vampires.
Puis ce sont les dinosaures carnassiers des années 90 face aux manipulations génétiques de la vie. 

Les monstres ont disparu mais le monstrueux prolifère artistiquement.
Dans tous les cas ce sont des monstruosités virtuelles: elles émeuvent mais  elles n'inquiètent que pour mieux rassurer grâce à leur plasticité nouvelle.
King Kong est un corps de gorille avec une tête d'homme et il va faire pleurer. il finit en peluche sentimentale. 
Il y a une édulcoration du monstre et Disney va produire Blanche Neige et les 7 Nains: il fait passer l'équivoque monstrueuse dans le dessin d'animation.
C'est le commerce du monstrueux aseptisé avec des produits dérivés, parcs d'attraction, éditions, chocolats, lingeries et le triomphe du commercial.

Et en parallèle au cours des années 60-70 il y a une mutation du regard sur la réalité de la difformité physique et des déficiences corporelles avec des mouvements puissants en faveur des handicapés. On assiste à une multiplication des dispositions en faveur des handicapés  et un élargissement des moyens alloués à la réintégration. Il y aura de vastes ensembles de loi pour cela dans les années 90 pour intensifier les mesures de soutien aux handicapés..
   
La représentation publique des monstres a définitivement disparu mais leurs simulacres se sont multipliés sur l'écran, alors que parallèlement, la réalité du monde de la difformité humaine a progressivement fait l'objet de compassion et de soutien  pour reconnaître la valeur de tout homme .

Un prochain article, en conclusion, sera mis en ligne par rapport à la question de la difformité dans la vie actuelle compte tenu des nouvelles technologies et  l'esthétique.

R.Dumoux
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Mardi 13 février 2007

Le corps anormal (art.4)
(L'invention du handicap et l'eugénisme.)

Le corps monstrueux tel que nous l'avons décrit disparait peu à peu de l'univers des distractions et il sera maintenant considéré dans un souci médical et pour le rééduquer.
Le corps infirme devient un sujet de préoccupation médicale.

 - Cette préoccupation pour le corps infirme était apparu dès le 18 éme siècle : la médecine des Lumières prend en charge les sourds et les aveugles et aussi les infirmités physiques.
 - Plus tard on va multiplier les techniques orthopédiques et favoriser la réinsertion dans l'activité à partir de 1900, 1905.
- Mais c'est surtout après la guerre 14-18 que la reconnaissance de l'infirmité sera la plus ressentie avec le retour des mutilés dans la vie civile. Défiguration et vulnérabilité des corps sont au coeur de la perception et la masse des mutilés de guerre se joint aux accidentés du travail.

Se fait jour alors un discours d'assistance et les idées de responsabilité et de solidarité s'imposent.

Le 19 ème siècle avait séparé le monstre de l'infirme.
Le 20ème siècle va parler de mutilé  et ce sera le concept du handicap qui va s'étendre à tous les nécessiteux : la difformité est une déficience à compenser qui peut toucher chacun de nous.

Ainsi, la Science a rétabli le monstre dans ses droits à l'humanité, avec le  sentiment de compassion et l'aide d'une médecine réparatrice.
C'est l'histoire de l'humanisation des monstres.

- Mais toute cette compassion aura des limites et son revers. Les monstres et les difformités font peur : on a peur de la dégénérescence et on pense que la race est en danger.

Dès 1883, le terme d'eugénisme apparaît sur ce fond de peur de dégénérer.
En France en 1870, au moment de l'effondrement national, les dégénérés s'étaient multipliés avec de nombreuses tares et la syphilis, la tuberculose ou l'alcoolisme.

 Apparaît la théorie de l'anglais Francis Galton qui est le fondateur de l'eugénisme : il voudra contrôler les facteurs qui peuvent élever les qualités raciales des générations.
L'eugénisme se résume par une formule brutale : se débarrasser des indésirables et multiplier les désirables.
On va regretter d'avoir accordé trop d'assistance médicale aux débiles et aux infirmes, on stigmatise la compassion.
Richet défend l'idée de la loi du plus fort et le docteur Alexis Carrel (1873-1944) affirme que la multiplication d'individus inférieurs a été nuisible à la race.

L'origine de l'eugénisme remonte à Mathus qui voulait limiter les naissances par l'abstinence en raison de la pénurie des ressources.
De 1900 à 1940, on stérilise des individus disgéniques en Amérique, en Suisse, au Canada ou au Danemark.
Dans les années 30 en Allemagne, on effectue des stérilisations sur des individus dont la descendance pourrait être défectueuse et dès 1934, 50.000 stérilisations sont appliquées sur des criminels, des fous ou infirmes.

Un exemple caractéristique: en 1868, en Transylvanie, naît un nain qui aura 10 enfants dont 7 nains : les Ovitz, qui sont la plus importante famille de nains jamais répertoriée. Les enfants Ovitz sont musiciens et forment un orchestre réputé.
En 1940, ils  sont envoyés à Auschwitz et le Dr Mengele, obsédé par la race et les difformités, se passionne pour leur cas. Auschwitz était le plus grand "laboratoire" de génétique au monde et on y sélectionne les jumeaux et les nains pour réaliser des expérimentations absurdes d'une indiscible souffrance. Mais à cause de l'accumulation de leurs anomalies les Ovitz furent sauvés, car ils étaient irremplaçables. Plus tard ils vont reprendre leurs concerts.

L'exhibition des monstres a donc disparu et on va envisager médicalement et socialement les difformités humaines et les infirmités, alors que régulièrement des courants de pensée s'opposeront au soutien systématique du handicap pour vanter la sélection naturelle.

Cependant, maintenant, la notion de soutien à la difformité et au handicap s'imposera jusqu'à nous, de plus en plus fortement grâce au  développement des techniques de prothèse. Les nouvelles technologies et les biotechnologies sont de plus en plus présentes et diversifiées jusqu'aux techniques d'implants.

Nous avons eu l'occasion d'évoquer ces démarches scientifiques appliquées à l'homme dans le commentaire d'une toile de 5 mètres x 3 mètres du Pictorama et intitulée "The visible Human" Cette toile monumentale évoque les progrès de la science des prothèses, implants ou greffes jusqu'au croisement de l'humain avec le robot, et à la création d'un va et vient entre l'un et l'autre.

-> voir également les articles suivants :
"les sources de visible human"
"la nouvelle leçon d'anatomie - toile de 5mètres x 3mètres"

R.Dumoux
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Samedi 10 février 2007
Le corps anormal.( art.3)
Sensibilité nouvelle à la misère anatomique.

Nous avons parlé des frères Tocci. Maintenant, à Paris, la préfecture de police refuse la demande d'autorisation de présentation au public de ces frères siamois en disant que cela relève de la faculté de médecine.
L'exposition des monstruosités humaines cesse d'être banale et devient choquante.
Cette affaire de refus de montrer les frères siamois Tocci, marque un arrêt dans le spectacle des difformités.

Maintenant on ira plus loin: après la disparition du phénomène de foire et de ces lieux de divertissement, apparaît un souci moral et de médicalisation. Dès les années 1880 naissent en Europe des sensibilités nouvelles à la misère anatomique.

En 1883 John Merrick, l'homme éléphant est interdit à Londres.La cruauté de ce spectacle est insupportable et John sera recuelli à l'hôpital de Londres ; il n'aura plus sa valeur marchande mais achèvera sa vie avec la compassion du public.

Maintenant le médecin va supplanter le saltimbanque et le corps du monstre sorti du théâtre de la difformité, devient sujet d'observation médicale et objet d'amour.

La science des monstres va devenir une tératologie scientifique fondée sur l'anatomie et l'embryogénie. C'en est fini du monstre vu comme une manifestation diabolique ou imagination du rapport de l'homme à le bête. Le monstre est soumis à des lois semblables à celles qui régissent le monde vivant.
Des théories voient le jour:
-Geoffry de St Hilaire évoque l'embryon sous le monstre; il pense que le monstre est un organisme dont le développement s'est arrêté. le monstre est un homme inachevé et chaque monstre est la manifestation d'un type.
-Isidore de St Hilaire va faire une classification rigoureuse et Darette va perfectionner la tératogénèse: par exemple, il va manipuler des oeufs et fabriquer à volonté des poulets monstrueux.

Au cours du 19 ème siècle, apparaît le sentiment nouveau de compassion par rapport aux difformités du corps. Les Geoffroy de St Hilaire reconnaissaient le caractère humain des monstruosités.
Le corps monstrueux est un corps humain.La tératologie a montré l'appartenance à l'espèce humaine de formes de vie qui lui paraissaient étrangères.
Le monstre ne sera plus contre nature ou hors la loi, ni exclus, ni sanctionné. Il va acquérir une personnalité juridique.
Désormais la médecine va juger de la viabilité des monstres et un médecin légiste peut établir des culpabilités dans le cas d'infanticides tératologiques.

La médecine a force de loi et en même temps le public aura des sentiments vis à vis des monstres et il va ressentir les souffrances.

La princesse de Galles va à l'hôpital de Londres et rencontre John Merrick qui va lui écrire sa reconnaissance. Ce dernier recevra des dons et n'aura plus de soucis d'argent.
Après l'exhibition parfois grotesque des monstres et leur exploitation on est parvenu maintenant à la commisération et à la compassion pour les infortunes anatomiques. La société va s'organiser pour cela et on va s'adresser au coeur de chacun pour apporter de l'aide. Il y a aussi pour cela des organismes d'état et la charité religieuse.
Cette compassion, amour du prochain, prend sa source à la fin du 19 ème siècle et  va se développer beaucoup jusqu'à nous.

De la simple démonstration spectaculaire des monstres, nous sommes passés à leur prise en compte par la médecine, puis au sentiment de compassion pour les difformités afin de secourir les infortunés.

 A partir de ce sentiment d'amour du prochain, va naître l'invention du handicap et d'assistance aux handicapés, avec sous-jacent et en réaction, l'apparition de l'eugénisme. Ce sera l'objet du prochain article.
R.Dumoux

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Jeudi 1 février 2007
Le corps anormal. (Art 2 )

Prise de conscience de la difformité et représentation au public.

En 1878, un régisseur de cirque, du nom de Claessen, demande au préfet de police à Paris de présenter au public  une Fille-Singe de l'albanie. Et de fait cette fille sera présentée dans une sorte de ménagerie. Quelques mois plus tard, on exhibe un phénomène : 2 enfants reliés sur le même tronc. Ils  sont présentés par leur père Battisto Tocci en Italie, Suisse et Autriche.


En 1884, à Londres, un chirurgien va visiter dans la boutique d'un épicier parmi des déchets, un spécimen humain repoussant : c'est John Merrick, l'homme éléphant.

Un médecin réputé cherche dans les bas-fonds de Londres des spécimens tératologiques, tels un enfant microcéphale entre macaques et lions.

Toutes ces curiosités pouvaient être montrées en public dans des baraques appelées "entre-sorts": on entre et on sort et on voit des hommes bizarres, des veaux ou brebis étranges et des femmes à barbe, qui constituent un réjouissement routinier.
Dans cette collection extraordinaire, il y a aussi des pathologies sexuelles et de fameux spécimens tératologiques en bocaux. Mais de plus on commence à ajouter à ce spectacle des illusions d'optiques de monstres tels des femmes araignées ou des décapités qui parlent.

C'est donc à partir des années 1880 que se situe l'apogée de la représentation public de l'anormal.
C'est à partir de là qu'apparaissent les 1ères formes du spectacle et de l'industrie du divertissement avec l'exhibition du corps anormal ou difforme.

On met aussi en scène les différences raciales, de façon à percevoir les discriminations entre les corps. On va créer des zoos humains et des villages indigènes dans les jardins d'acclimatation et expos universelles;  ce sont des expos anthropo-zoologiques de sauvages côte à côte avec les monstres : on introduit alors une confusion entre difforme et lointain. (Déjà pour Pline, les confins lointains du monde étaient peuplés de races monstrueuses.)
(Cette fusion du monstre et du sauvage est présente en 1856 à Paris dans les présentations du Dr Spitzner, qui mêle des bustes Hottentos avec un foetus monstrueux ou un enfant crapaud.)

Le monstre est mis en scène et il est un modèle puissant pour démontrer la normalité et aussi inviter à l'hygiène ou à la prophylaxie .
La curiosité pour les bizarreries et le tératologie est d'origine ancienne.


  Cette forme de culture visuelle (culture qui va s'atténuer dans les années 1930) débute en 1841 avec l'installation d'un musée à New- York à Manhattan, le musée de Barnum qui se consacre à l'exhibition des monstres humains. Il recevra 41 millions de visiteurs et disparaîtra dans les flammes en 1868.

- Barnum fut un musée avec des collections d'histoire naturelle dans un but d'éducation populaire :
- Il donne aussi des spectacles en présentant toutes les anomalies possibles.
- Barnum avait acclimaté les monstres humains dans un centre de loisir en proposant des démonstrations scientifiques, des conférences sur la phrénologie ou le messmerisme (à propos de l'influence de l'aimant sur notre constitution).
- A Barnum, il y avait aussi des spectacles de danse, des pièces de théâtre sur fond de panoramas. - On organisait des concours du plus beau bébé par exemple et on faisait rugir les tigres ou danser les tribus.
- C'était une forme de Disneyland de la tératologie, le début de l'industrie du divertissement. Avant Barnum, le corps monstrueux n'est qu'une bizarrerie de petit commerce, un artisanat.

- Barnum est une industrie du spectacle, c'est à dire que l'on va inventer et faire passer de faux monstres pour des vrais : on va par exemple créer de toute pièce une sirène avec un corps de poisson et une tête de singe. On conçoit des mises en scène du corps monstrueux, des dispositifs scéniques, des effets spéciaux, des illusions d'optique. La monstruosité est accompagnée d'un décor : on présente toute une panoplie d'orientalisme avec des frères siamois d'asie. Ou bien des jungles de carton pâte et des fictions exotiques.
- Barnum fut l'apothéose du nanisme : Tom Pouce parcourt l'Europe en carrosse. On cultive le burlesque : l'homme squelette épouse la femme la plus grosse, le géant tombe amoureux de la naine.


Toutes ces excentricités correspondent aussi à des dépaysements de voyage et elles sont liées au tourisme: 
dans les hautes Alpes, on peut acheter l'image du crétin du Pelvoux; ailleurs c'est un idiot du village ou un cul de jatte ou en Auvergne un ermite hirsute dont on collectionne la photographie.
On va installer un village de nains à l'expo universelle de 1937 aux Invalides. On en achète des cartes postales, cela jusqu'à la 2 ème guerre mondiale.

Tout cela est un voyeurisme de masse proche de la pornographie parfois (tels les corps dénudés des frères Tocci), qui consacre la prise en compte de la difformité et sa large diffusion publique.
(l' exhibition de l'anormal avait pour objet la propagation d'une norme corporelle)

Cependant un genre de photographie va apparaître: la photographie médicale qui peu à peu va changer la sensibilité vis à vis de l'anormal et du corps monstrueux. Tel sera l'objet du prochain article.

R.Dumoux

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