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Vendredi 30 mars 2007
Génie et Folie.

Les réflexions sur la mélancolie et la dégénérescence nous introduisent à la question de la folie et de son rapport avec le génie.

- Déjà en 1859, Moreau de Tours étudie les rapports entre le génie, la folie et l'idiotie. Il constate un lien entre la maladie du corps et  la grandeur de l'esprit et il pense qu'il y a des esprits supérieurs qui sont à la frontière du crime.
L'homme de génie ne cesse de s'interroger sur les idées écloses dans son cerveau échauffé.

- Dans sa suite, Lombroso (1835-1909), criminaliste de Turin, publie "Génie et Folie". Il décrit le génie, le fou et le criminel comme des types psycho-physiologiques qui ont des affinités. "Le génie et le fou, doués d'une forte énergie, expriment leur différence dans des oeuvres d'art et de pensée et par un comportement fou ou criminel."

Les grands artistes sont fascinés par l'abnorme. Les aliénés, empêchés d'exprimer leur nature, en prison, produisent des dessins, des tatouages, des poèmes ou des graffitis : à Turin, le musée de criminologie conserve une véritable collection d'art brut.
Les génies ont des caractères physiques de dégénérescence : asymétrie du visage, précocité sexuelle, mancinisme et divination, et aussi des caractères psychiques : apathie, perte du sens moral, interprétations mystiques, abus des symboles, excentricité, hyperesthésie, abattement.

- Lombroso présente quelques cas exceptionnels :
- de Nerval passant de l'excitation à la dépression.
- Baudelaire présentant des symptômes d'hallucination et d'hyperesthésie.
- Schopenhauer est un cas très complet de génie dans la folie, de la tristesse profonde à la joie excessive. il est terrorisé par l'abandon de ses parents, par la peur de la vérole, du bruit, du choléra ou du tabac.
Il se croyait victime d'un complot visant à étouffer son oeuvre. Il utilisait 5 langues pour prendre ses notes et répartissait les pages de ses manuscrits dans plusieurs
pièces.
- Pour l'artiste, le rôle de fou permet de ne pas rendre de comptes.
- Ainsi Aloïse et Wolfi ont pris le masque de la folie et ont été internés. Wolfi a ainsi en 35 ans accumulé 13000 dessins, 44 cahiers d'histoires dans des écritures différentes, romaine ou gothique, avec des mots étrangers.

D'autres exemples d'artistes sont essentiels dans ce rapport entre génie et folie :
- Artaud dit: "Nul n' a jamais écrit, peint, sculpté ou modelé et inventé que pour sortir de l'enfer". La vie d'Artaud est un véritable enfermement : à 5 ans il a un accident cérébral. A 19 ans il est abandonné de sa famille et subit 50 électrochocs.
Il est un écartelé et sa dislocation mentale est publique : il est convaincu de folie mais il est célébré comme écrivain de génie.

- Henri Michaux était fasciné par la relation avec les démons intérieurs. La folie est un équilibre pour pallier à un état disloquant.
Le fou se bat contre lui même, contre une bête tapie en lui : c'est la lutte de Jacob et de l'ange.
ll faut aussi évoquer Van Gogh,  Rimbaud,  Nietzsche ou Holderlin qui conjugue le démon (le calvaire  de l'enfermement et le bonheur de la création frénétique.)

D'autres artistes se passionnent pour les productions de la folie et du génie.
Breton collectionne les objets des fous. Les expressionnistes allemands collectionnent les peintures de malades mentaux.
Dali, élabore la paranoïa-critique : il simule la psychose et en appelle aux forces obscures.
Dubuffet pendant 10ans collectionne des oeuvres d'internés et constitue la Compagnie de l'Art Brut.
Tout cela vérifie bien l'affirmation de Lombroso qui dit qu'il n'y a pas de génie sans folie.


Tous ces exemples peuvent sembler relatifs à certaines formes de dégénérescence, mais il ne s'agit pas nécessairement  d'une décadence de l'espèce.
Cet aspect de la dégénérescence est porteur d'avenir, est créatif.
La norme saine est équilibrée et inerte. La plupart des individus se refusent au nouveau et au progrès et n'aiment pas le changement.

Le rôle des génies (et peut  être des fous) est d'introduire le changement et l'évolution dans la société.

R.Dumoux
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Dimanche 25 mars 2007
Mélancolie et dégénérescence.

Dans l'article précédent, il a été question d'Esquirol médecin et historien qui parle de la Lypémanie ou Mélancolie et accorde la plus grande importance à la viscéralité.
Il avait fait dessiner plus de 200 aliénés par le portraitiste Gabriel. Il publie 27 planches de malades, gravées au burin par Tardieu. Cette question de posture mélancolique réapparaît et il en donne des descriptions et fait des commentaires d'images. Ainsi pour la lypémanie, il parle d'une femme touchée par la mort du duc d'Enghien: "très maigre, les cheveux longs et gris, les yeux grands et fixes, le teint pâle, le regard fixe etc"

(La mélancolie, c'est la bile Noire d'Hippocrate, le poison de l'hydre de Lerne de Sophocle. Pour Gallien c'est de la bile jaune brûlée alors que pour Cabanis au 18 ème siècle, il s'agit d'humeurs corrosives. dans la tradition chrétienne, cette humeur est associée au péché originel, elle est fixée à jamais dans le sang des hommes.)

La mélancolie est la face sombre du progrès. C'est dans la 2 ème moitié du 19 ème siècle, au moment des grandes inventions que s'élaborent les idées de décadence de dégénérescence de la race avec la mélancolie comme symptôme.

L'idéologie du progrès porte en germe la perception des dangers de ce progrès et le sentiment de la décadence. La peur de la dégénérescence est l'ombre du progrès.
Les auteurs du 19 ème siècle pensent que leur époque est décadente: la machine à vapeur, l'acier, la fonte, conquête du monde, confiance en soi , le dynamisme n'écartent pas le rêve de décadence.

Dans la France de 1850, on dénonce les promesses des lumières à cause de la terreur, des défaites de Napoléon et de l'anarchie de 1848. Ainsi prend forme l'idée d'un déclin de la France et cette décadence est associée à la dégénérescence de l'individu et de l'espèce.


Alors, Gobineau, écrit un Essai qui est une épopée de la dégénérescence: les grandes civilisations sont crées par des races supérieurs. Les croisements  avec des races inférieures sont un métissage et constituent une perte et une dégénérescence.

Après Gobineau, Morel, en 1857, publie un traité des dégénérescences physiques
morales et intellectuelles et invente une théorie psychiatrique.
Selon lui le type parfait dévie. Cette déviance s'aggrave dans les générations suivantes et parvient à la déchéance et à l'extinction de la lignée. Sont causes de dégénérescence: le tabac, l'alcool, la drogue et diverses conditions de vie.

A la suite de Morel, Magnan et Féré élève de Charcot vont enrichir la théorie de Morel.
Féré montre que mélancolie et maladies nerveuses sont 2 aspects de la même famille qui sont transmis par les lois de l'hérédité. Ainsi il élabore une théorie de l'hérédité dégénérative et propose une lutte sociale contre les fléaux en mettant en place des mesures radicales pour se protéger des parasites, pour protéger le corps social.

C'est déjà la politique nationale socialiste: "l'utilité générale ne peut s'accommoder de la survie des improductifs, et il est impossible d'accepter sans réserve la solidarité sociale." Ainsi s'imposa la théorie de la dégénérescence, condamnant tous les malades mentaux.

- Dernier point au sujet des déviants: il s'agit de Lombroso qui cherche les stigmates permettant de reconnaître les criminels ou déviants divers: il créé une anthropologie  criminelle.

Lombroso est psychiâtre: il remarque un jour une anomalie dans le crâne d'un brigand: le cervelet a un aspect trilobé comme celui des rongeurs, des singes ou comme celui de l'embryon humain. pour Lombroso c'est une illumination: la nature du délinquant c'est l'atavisme.
 Le délinquant reproduit l'homme primitif et il représente un arrêt du développement; il demeure sauvage et arriéré.
Lombroso élabore ainsi une théorie morphologique: par exemple il dénote les stigmates du criminel: mâchoire puissante.

Lombroso se fonde sur la physiognomonie de Lavater et de Gall et s'appuie sur ses recherches dans l'armée, les hôpitaux, asiles, prisons et morgues.
Son "Uomo deliquante" est un atlas du crime et de la folie. Toute sa vie a été consacrée à l'étude scientifique du génie du crime et de la péllagre.
Et il développe son hypothèse de l'atavisme: crime folie, génie, prostitution sont dus à des altérations régressives, des retours aux origines à l'enfance, à la vie primitive et sauvage de l'humanité.

Dans un prochain article il sera question précisément des rapports du génie et de la folie.

Autant de concepts qui sont liés aux aléas de la création artistique.

R.Dumoux

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Mardi 20 mars 2007
A propos de la Mélancolie.

Nous pourrions en préambule de cet article proposer une étude analytique de la célèbre gravure de Dürer " la Mélancolie" et ainsi mettre en relief les constituants de la mélancolie. 

Nous essaierons de préciser les origines du terme de mélancolie, son contenu et son évolution.

En 1805 l'historien et philosophe , Esquirol, publie une thèse sur les Passions. Il écrit encore en 1820, "de la Lypémanie ou Mélancolie".

      Esquirol
est un personnage important puisqu'il est considéré comme l'inventeur de la psychiatrie moderne.
Il a créé une expression scientifique pour désigner diverses aliénations et en particulier, la monomanie : c'est la Lypémanie (ou Mélancolie) Il créé un concept nouveau, un objet psychiatrique.

 Esquirol évoque Hippocrate qui parle de morosité de tristesse prolongée . Il cite aussi Gallien médecin romain de 130 à 200 qui étudie les humeurs et a décrit la bile noire qui obscurcit l'esprit.
Esquirol étend le mot mélancolie à tout délire partiel, chronique et il propose le terme de monomanie qui est une espèce de folie dans laquelle le délire est partiel et permanent.

- Le maître d'Esquirol est Pinel (médecin aliéniste à l'hôpital de Bicêtre) qui déjà définit la mélancolie. "C'est un délire exclusif sur un objet et la personne est imprimée par une idée dominante et chimérique."
Ainsi il passe en revue des cas historiques comme Tibère,  Louis14, Pascal, Zimmermann (architecte baroque du 18 ème siècle), Rousseau. Selon lui , la mélancolie est une lésion des fonctions intellectuelles et affectives.
Le mélancolique est possédé par une lésion  exclusive ou une série d'idées à passion dominante.

Esquirol dit: "la lypémanie ou mélancolie est une monomanie." Elle présente les phénomènes les plus étranges et variés: anomalies de la sensibilité, effets de la perversion des penchants et égarements des passions.

Cette maladie est en rapport direct avec le développement des facultés  intellectuelles. Plus le cerveau est en activité, plus la monomanie est à craindre.
C'est une maladie liée au  développement des facultés, au progrès scientifique comme à la création artistique et aussi au développement de la civilisation..

- Pour Esquirol, les passions de la mélancolie appartiennent à la vie organique.
Les Anciens avaient été confus et ils ne voyaient dans la mélancolie que tristesse, crainte.
Pour Esquirol, la viscéralité est très importante et il parle du colon transverse.
On a déjà parlé de lésions de viscères abdominaux, d'intestin déplacé chez des aliénés. La région épigastrique des côtes à l'ombilic est le lieu où le malade désigne  la souffrance dans le corps.
Esquirol dit que le déplacement du colon est fréquent chez les mélancoliques et les aliénés.

(Cette viscéralité, c'est le retour à l'épigastre, c'est à dire à la kardia en grec, le refoulé viscéral. pour certains la Kardia est le siège de l'âme et tout ce que l'âme pense, c'est dans la région précordiale et rien ne se passe dans la tête.)

- Au 18 ème siècle, Cabanis, également, a donné toute son importance à la viscéralité.
Il avait établi et situé les passions dans les viscères.


       Il s'agira maintenant de l'évacuation de cette viscéralité pour envisager des aspects plus psychologiques..
 - Pinel était attiré par la forme et la proportion et il parle de l'expression des passions chez les peintres.
- Ainsi dans sa suite, Esquirol, va prêter une grande importance à la posture et à l'expression. Il dit que les passions déterminent des efforts qui sont la cause de mouvements physiognomoniques.

- Chaque passion pourra être caractérisée : c'est ce que fera Lavater en recherchant dans la physiologie l'état de l'âme des patients. Par exemple des traits particuliers de physionomie s'observent chez les maniaques. Il est possible de dessiner diverses têtes et de les comparer aux portraits des grands peintres qui ont essayé de peindre les passions.

On pense à Charles Lebrun et à ses têtes d'expression.

On le remarque, il y a une évolution, de la mélancolie considérée comme maladie  due aux humeurs ou aux fonctions viscérales,à la mélancolie envisagée comme expression de traits de caractère. On passe d'une maladie organique à la physiognomonie.


Nous verrons dans l'article prochain comment cette évolution élargie de la notion de mélancolie conduira à l'idée de dégénérescence et il sera question de criminologie, de Lombroso, de Gobineau ou ensuite du Génie et de la Folie.

R.Dumoux

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Jeudi 15 mars 2007
A propos de l'acédie.

Tristesse, mélancolie, abandon, paresse, caractérisent souvent les oeuvres d'art . On en parle depuis l'antiquité

 Ces divers sentiments sont liés à un trait de caractère appelé acédie.
Pour une 1ère approche, on peut dire que l'acédieux est quelqu'un qui soliloque, qui geint et affirme que la vie est vide de sens. C'est une maladie de solitaire, le vice de nombreux grands artistes.
On peut dire que l'empire de l'acédie se développe depuis l'antiquité. (avec quelques éclipses cependant à la renaissance et à l'époque classique.)

- Dans la Grèce païenne, Akédia, désigne le refus d'autrui et aussi refus du souci de soi, c'est à dire la négligence et l'indifférence.

- Plus tard, le christianisme a développé cette notion. En sont pour preuve les traits psychologiques des moines cénobites et surtout, des anachorètes surmenés, rongés et soumis à l'épreuve. On en donne des descriptions fortes...telles les représentations de Grünewald.
- A partir du 5 ème siècle, l'acédie s'étend à l'Europe entière. Cassien parle de la vie monastique  et de l'acédie. C'est le dégoût du coeur avec une série de défaillances morales et de fautes qu'elle génère telles que:
Malitia, Rancor, Desesperatio, Torpor, Evagatio mentis, Verbositas, Curiositas, Pusillanimitas. Le grand péché de l'acédie est accompagné d'un infernal cortège qui stimule la curiosité et le désir de voir, de tenter et de créer.
Ce mal de l'âme affecte toute l'activité de l'intellect et on le retrouve dans les allégories:
Dante présente les acédieux comme des bègues recouverts de boue. (Plusieurs de mes dessins de 2006 sont des représentations caractérisées d'acédieux.)
Pour Pétrarque l'acédie qui le dévore est une haine de la condition humaine.


Dans l'acédie se distinguent 3 grandes tendances:
- la tristitia.
- la pigritia.
- la mélancolia.
 On voit qu'il y aura des rapports très intimes avec la mélancolie dont il sera souvent question. La relation de l'acédie à la mélancolie est assurée par le diable.
C'est un affreux péché mais aussi une féroce maladie qui dépend des humeurs.

L'acédieux est placé sous le signe de Satan et de Saturne qui créent un déséquilibre entre les humeurs. Il y a un parallèle entre acédieux et mélancolique, et on parle du poison qui provoque cela, le mal de l'atrabile.
L'atrabile est associée à la noirceur de la terre, au froid et à Saturne.

Le moyen âge multiplie les échanges entre acédie et mélancolie et le lien avec le diable. Le diable rend acédieux par l'humeur noire qu'il produit. La faute entraîne la mélancolie qui entraîne l'acédie.

Au 13 ème siècle les chrétiens secs et terreux sont signalés aux confesseurs comme acédieux : c'est la physionomie du péché et dans l'acédie on reconnaît la conduite coupable des pécheurs. (on imagine  les portraits de Breughel, ou de jérôme Bosch.)

L'acédie rejoint la théorie de la bile noire et les théologiens décrivent les effets matériels de la vie d'acédie: l'homme est immobile, saisi de stupeur, le moi se vide; il est reclus dans le silence et son désir est exacerbé.
Dans les allégories comme dans les productions artistiques, tous ces traits et symboles apparaissent. Un imaginaire est mis en place avec aussi des bestiaires: âne facétieux, chien mélancolique ou chat diabolique.


Ambivalences et aspects positifs de l'acédie:


Cette acédie qui pourrit l'âme peut prendre une valeur positive et rédemptrice.

L'assèchement devient un allégement qui libère l'homme et au fond du vice existe la possibilité du salut.
- Les Pères de l'Eglise, St Paul, St Thomas ou Hildegarde de Bingen décrivent cette acédie rédemptrice. "L'homme se trouve renouvelé et l'acédie exige de l'homme un surcroît de travail et d'effort"
- Par ce double aspect du vice et de la vertu, l'acédie prend un sens spirituel: elle est comme l'amour, une mise à l'épreuve qui élève l'âme et le coeur vers un degré supérieur plus fort, vers une cristallisation.
(C'est aussi la pensée de la souffrance qui est reprise par les alchimistes: ils font souffrir la matière pour aboutir à une régénération par la torture.)

- A la Renaissance on revalorise l'acédie et la mélancolie.On s'inspire d'Aristote qui dit que "les hommes d'exception en politique, philosophie et art sont mélancoliques et saisis de maux dont la bile noire est l'origine."
- Au 17ème siècle on va parler de mélancolie religieuse.

En conclusion de cet article sur l'acédie, on peut dire que l'histoire récente actualise l'acédie et nous pouvons penser  qu'elle n'est ni un péché, ni une maladie d'hypocondre, mais qu'elle est un état de l'esprit et de l'âme imposé par le destin.


R.Dumoux
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Mercredi 7 mars 2007
 Panorama et cycles narratifs.

L'ensemble monumental peint intitulé "pictorama" est une sorte de panorama sur l'histoire de l'humanité.
Historiquement, l'idée de panorama apparaît à la fin du 18 éme siècle à propos du paysage.

- Par exemple, le peintre, de Valenciennes réalise des séries de la même vue selon les heures du jour.
- Ou encore Sulzer inspiré par les traités de de Piles recommande de faire 20 fois le même vue sous des éclairages différents.
- C'est ce que fera plus tard Monet avec ses séries de cathédrales.

- Plus tard dans la continuité du panorama, on voulut faire autre chose qu'une addition de tableaux: le peintre Jacques de Loutherbourg, originaire de Strasbourg, invente une sorte de boîte optique: il va créer des images mobiles qui vont imiter les phénomènes naturels. Ainsi il va construire des décors de théâtre dans lesquels on voit le lever ou le coucher du soleil ainsi que des incendies ou des tempêtes. A Londres en 1771, il présente des spectacles mécaniques et panoramiques éblouissants d'effets et admirés par Reynolds ou Gainsborough.

- Tels  sont des aspects évolutifs de l'idée de panorama. Mais c'est le peintre Irlandais Robert Braker qui, en 1789, présenter un véritable panorama monumental. A Glasgow, il présente la 1ère peinture circulaire et il y a une continuité établie par l'alignement horizontal. Finalement, c'est un art de foire et de divertissement public.
- Plus tard en 1797, Thomas Girtin peint un panorama de LondresGaspar David Friedrich, aussi, s'intéresse à ces formes d'illusionnisme: il peint sur un papier translucide 2 vues du même paysage, recto verso; l'un montre le jour et l'autre, la nuit.

Ainsi, les variantes du panorama présentent un certain nombre de constantes originales (au delà des représentations élémentaires et d'observation naturelles de base):
le paysage et ses variations, l'évocation de grandes dimensions, la succession et l'addition linéaire et horizontale de tableaux.
Tout cela fait du panorama une manifestation événementielle et de divertissement public.


Ces diverses constantes se retrouvent de façon évidente, dans l'histoire des arts du passé, sous la forme de cycles narratifs.

A titre de mémoire, il faut mentionner un certain nombre d'oeuvres au cours de l'histoire, qui constituent des cycles narratifs. (Il en fut question dans un article ancien, mais ces oeuvres sont tellement impressionnantes et incontournables qu'il est bien de les citer de nouveau.)
Ces oeuvres présentent des ensembles idéographiques et proposent un programme iconographique, comme le film détaillé d'événements.

1--Les programmes iconographiques des manuscrits:
L'Aratea, le Vergilius romanus, le Vergilius Vaticanus, le Pentateuque d'Ashburnham, l'Apocalypse de Béatus, et les copies de St Séver.

2--Les programmes iconographiques des monuments:
Giotto et les Scrovegni à Padoue, Michel Ange et la Sixtine, Rosso Fiorentino à Fontainebleau, Rubens au Louvre ou encore les fresques de Tiepolo à Würzbourg.
Toujours dans les lieux sacrés, Varallo au 15 ème siècle, est remarquable avec ses 800 statues.
Plus près de nous, Monet a créé un panorama avec ses nymphéas.
Et enfin avec Stanley Kubrik, le peintre Mac All a composé un panorama sur l'espace.

Toutes ces références d'oeuvres remarquables et éminemment inspiratrices, permettent de citer, sur la base des mêmes critères, l'ensemble monumental peint (30 toiles de 5mx3), Pictorama, à propos de l'histoire de l'humanité. Cette oeuvre est visible sur le site www.viapictura.com.

R.Dumoux concepteur et réalisateur de Pictorama.

www.viapictura.com
Dimanche 4 mars 2007
Le blog Viapictura.

Il s'agit dans cet article d'un regard rétrospectif sur l'ensemble des textes mis en ligne depuis le 03/04/2006.

 A l'origine il s'agissait de parler du site viapictura.com qui présente des dessins, des gravures, des panneaux a tempéra, des grandes toiles et en particulier un ensemble monumental peint constitué de 30 tableaux de 5 m x 3 chacun et réalisés a tempéra à l'oeuf.
Ainsi, des articles ont été publiés par rapport à la notion de panorama dans l'art et aussi de cycle narratif qui est un concept majeur dans l'iconographie.
(Deux idées fortes sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain article.)

Pour ce qui est de l'ensemble monumental peint, il s'agit d'un panorama historique intitulé "pictorama". Il entend retracer l'histoire de l'humanité depuis le Big Bang et la Création et se projette dans le futur.
 "Pictorama" peut être considéré comme une synthèse de tout mon travail et aussi comme la "machine" qui le propulse, lui donne son sens.

Le visiteur parcourant le site peut avoir tendance à ne découvrir que les aspects historiques, mythologiques ou religieux, passéistes diront certains, alors que par ailleurs, dans ce travail apparaît depuis longtemps le monde abstrait mécanique, puis celui de la science ou de la conquête de l'espace. 
Il suffit pour s'en convaincre de regarder les images des toiles et on découvre bien sûr Vercingétorix ou Constantin ou Louis 14, mais après, on remarque le séjour d'astronautes sur la lune ou les pires dissections et implants, aussi bien que la confrontation des hommes de l'espace avec les dinosaures ou l'archéoptérix.
De la même façon, l'ensemble des gravures, toiles ou assemblages et montages
présentés sur le site semblent le reflet de cette oeuvre importante où se tissent les liens étroits entre la culture du passé et la vision du futur.
Il reste évidemment que cette culture du passé est imposante et inévitablement envahissante, mais elle ne peut être passée sous silence.

Parallèlement avec la présentation des oeuvres, d'autres articles du blog ont un aspect plus particulièrement historique ou documentaire. Cependant tous ont un rapport plus ou moins direct avec les réalisations.
Ainsi de nombreux articles ont été consacrés à la présence du corps dans l'art.
Les aspects classiques du corps mais aussi l'anormalité et les monstres dont la présence est sans cesse prégnante.
D'autres ont un attrait mythologique ou religieux, alors qu'ailleurs il s'agit de récits romanesques ou symboliques inspirés du Tasse par exemple.
Et puis évidemment nombres d'articles s'intéressent au cosmos, aux nouvelles technologies, à la biotechnologie ou à la conquête de l'espace aussi bien qu'à son historique depuis Humboldt.


Pour l'instant, mes projets d'articles vont continuer dans ce sens. Ainsi, il sera question plus tard de composantes omniprésentes dans la création, telles la mélancolie, le génie ou la folie ainsi que l'ensemble du monde psychique qui préside à toute création authentique mue par un esprit.

D'autres aspects plus particuliers seront développés tels que les cabinets de curiosités
dont l'esprit parait très présent dans l'ensemble de mon travail.
Et puis, le navire ira voguer...vers quelles eaux ? Tel est le Futur.

R.Dumoux
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Vendredi 2 mars 2007
Le 17 ème siècle. Le siècle du Léviathan. (art.2)

"Le 17 ème siècle. Le siècle du Léviathan" - maquette colorée de la toile de 5 mètres - R. Dumoux

Dans l'article précédent nous avons situé l'atmosphère de désastres et de calamités qui régnait au 17 ème siècle.
Ces descriptions ont permis de dessiner des personnages, des actions, qui ont abouti à une composition précise.
 
Cette composition se déploie sur la toile de fond d'une architecture inspirée de Versailles. L'architecture royale servait de cadre à des fêtes et festivités grandioses et fréquentes. Sur ce fond, les figures aristocratiques sont ici remplacées par des scènes de crime, de viol ou de dépouillement.

- A l'avant scène, des marches ou un podium introduisent à un théâtre aux rideaux spectaculaires, un théâtre improvisé, jouant le triomphe de l'Eucharistie  ou S t Janvier sauvant Naples du Vésuve et imposant le crucifix.

- A gauche, en opposition à ce théâtre, un  guerrier avec son étendard semble ordonner les scènes d'exactions qui se déroulent sous nos yeux. Ce chevalier est posté devant un monticule rocheux, réceptacle du diable et lieu de pendaison comme dans les désastres de la guerre de Jacques Callot.

- Dans cette mise en scène, les "acteurs" figurent des scènes d'assassinat, de vol ,viol ou pleurs. On distingue des armes, une bourse arrachée, des vêtements épars et enfin un enfant au sol, tout droit sorti d'un massacre d'innocents.
A l'arrière plan, devant la façade du château, des militaires s'exercent au maniement des armes alors que d'autres semblent procéder à des exécutions.
(Divers éléments figurés sont dessinés car pouvant entrer dans la composition à un moment ou un autre: tonneau, sacs renversés, rats, cheval renversé, armes..)


Pour cette composition, les décors (monument classique, escalier, colonne ou drapés et brocards),  assemblages de figures ou groupes symboliques, de nombreux dessins ont été effectués, qui d'ailleurs furent repris pour d'autres compositions, gravées ou peintes.

En conclusion il apparait que ce 17 ème siècle ressemble à un écrin royal ciselé d'or et servant de théâtre à "la vie de l'homme qui est un long calvaire".
Ces deux aspects contradictoires  sont déjà l'amorce de la fin de l'Ancien Régime et débouchent inévitablement sur une ère nouvelle, le Siècle des Lumières dont il a été question dans un article à propos de la toile sur le 18 ème siècle..

R.Dumoux

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