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Samedi 29 juillet 2006
A propos de collection.

Le site viapictura.com présente un certain nombre de dessins du peintre R.Dumoux. Ils sont d'ailleurs classés selon un répertoire à la fois chronologique et thématique mais ils ne sont qu'un aperçu d'une vaste compilation graphique..
Le site présente aussi un ensemble monumental peint constitué, pour l'instant, de 30 tableaux de 5m x 3m, évoquant l'histoire de l'humanité. Il s'agit d'une collection de vues, d'instantanés sur des époques diverses et des événements variés. Cet assemblage de pièces spectaculaires est lui-même accompagné d'une collection de gravures, d' un diaporama de gravures.
Le site lui-même constitue  une collection d'éléments divers, dont l'assemblage prend une signification parlante. (à l'écart de propos tournés vers la recherche du non-sens.)

La collection, la compilation, le collage, l'assemblage sont des démarches très usitées en art .
En art contemporain de multiples exemples peuvent être cités:

Depuis les collections de boîtes de Joseph Cornell jusqu'aux Time- Capsules d'Andy Warhol  (boîtes où il rangeait chaque jour les objets ou papiers ordinaires)
On peut citer aussi le Mouse-Museum de Oldenburg, les archives de Boltanski, le Musée sentimental de Spoerri ou bien dans le cas d'installation actuelles: la pratique de Mark Dion ou celle de Karsten Bott: les objets et matériaux du quotidien obsolètes ou endommagés, sont classés et rangés soigneusement de façon à être vus d'une passerelle: curieuse collection en cours de constitution, archives d'Histoire contemporaine.
Ainsi nous observons  un certain nombre d'installations qui, outre la question du sens ou du propos, sont en soi des collections.

Dans les siècles passés, nous avons été interpellés par les cabinets de curiosité, Au16ème siècle par exemple, les Kunstkammer (chambre d'art) ou les Wunderkammer (chambre des merveilles). Curiosités qui interrogent ; nous en reparlerons dans un prochain article.

En art moderne, dans le cadre du strict collage, un certain nombre de réalisations sont à remarquer par leur pertinence et leur originalité.
A la suite du dadaîsme, le collage s'est perpétué au cours des années 60 et après, (avec aussi l'apparition des installations). On peut ainsi citer: Hannah Hoch et son livre-collage, Rauschenberg ou Lee Krasnrer.
Mais dans cette descendance on assiste à des développements particuliers dans le sens de la collection.

En Allemagne, Richter crée un travail monumental d'Archives ; c'est une compilation parue en 1961 sous le nom d'Atlas. Dans les années 20 et 50, déjà, il y eut les panneaux pédagogiques de Malevitch et le Mnémosyne Atlas de Warburg dont nous reparlerons.
L'atlas de Richter traite l'image de masse de l'Allemagne après-guerre. Cette atlas évoque les anciens traités médicaux ou géographiques..
600 feuillets composent cette compilation: des photos de famille aux paysages et des personnages célèbres. L'aspect est inachevé, comme en cours,  Le projet d'archives de Richter accumule des images sans trame narrative, mais l'organisation peut possèder une signification à interprêter.
Par contre l' Atlas Mnémosyne de Warburg crée une signification et une mémoire historique.

Aby Warburg, savant et historien, est une figure hors du commun. Sa méthode est unique: il collecte et rapproche sous forme de collages, de multiples  informations disparates. Son assistant lui apporte du matériel visuel pour qu'il le réorganise; il épingle tout sur des panneaux d'affichage et en fait un collage: ce sera le projet "Mnémosyne"
 ( Dans un sanatorium Suisse où il est interné, (à Bellevue) il prépare une conférence sur les Indiens Pueblos, sur le rituel du Serpent. (le rituel du Serpent se rapporte aux indiens Moki: ils prennent dans le bouche des serpents, symboles de l'éclair, pour appeler l'orage et le pluie.)

Tout le travail de Warburg est une grande frénésie de collage, à tel point qu'il s'identifie à son matériel. Cette identification est une empathie, ce qui est pour Warburg le moyen de pénétrer des mondes étranges. Il devient identique à son matériel.
 C'est ainsi qu'il pensait que ses travaux d'histoire de l'art avaient provoqué la colère des dieux païens. Il se culpabilisait d'être un juif richissime, il en devint fou. Il avait imaginé être poursuivi par des démons et des antisémites démoniaques, se trouvant ainsi réellement en avance sur les camps nazis.

L'exemple de Warburg montre un cas extrême où l'art de l'assemblage et la collection peuvent avoir une signification magique, prophétique ou médiumnique.

Parallèlement aux collections du site viapictura.com, s'élaborent des collections diverses de documents, de photos, de coupures de journaux, de documents scientifiques ou bien encore d'objets de curiosité:  éléments de racines aux formes évocatrices,  squelettes de petits animaux , de poissons, ailes ou plumes, nids d'oiseaux, mâchoire de cheval ou pièces de métal rouillées.... Tout un matériel qui sert de base,complète les réalisations et peut être installé à l'occasion de la présentation publique d'une oeuvre.

R.Dumoux

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Jeudi 27 juillet 2006
 Précédant ma toile intitulée " la nouvelle leçon d'Anatomie", une recherche historique a été faite sur l'anatomie et la dissection au cours des siècles, ce qui m'a amené, au terme de la réflexion, à créer cette composition originale, qui évolue du passé vers la recherche scientifique ou la science fiction.

Cet article est important car il situe des ambiances, des approches et techniques diverses selon les époques et fournit ainsi une sorte de répertoire iconographique .

L'invention de la dissection est dûe à la recherche de la connaissance du corps et de ses vérités.
Les antécédents:
Il y eut d'abord, dans l'occident médiéval, la réception de la médecine gréco-arabe.
Ceci grâce à la traduction de textes arabes en latin par Constantin l'Africain (au mont Cassin) Telle, l'Isagoge, encyclopédie d'un médecin d'origine persanne, Haly Abrac.

Deuxième étape importante a eu lieu  à Tolède. Gérard De Crémone vers 1145, traduisit des dizaines d'ouvrages.
Par exemple:
-La Chirurgie d'Albucassis.
-le Canon de la Médecine d'Avicenne.
-l'Art Médical de Galien.
Les traductions arabes ont un rôle de première importance dans l'évolution du savoir médical dans l'Europe latine.
Sous l'influence de ces ouvrages, les connaissances anatomiques gagnent en clarté et en précision.
Ainsi vont apparaitre les grandes sommes médicales comme le canon d'Avicenne ou le Colliget d' Averroès qui réservait une importance accrue à l'anatomie.

Dès l'antiquité, on cherche une méthode d'approche de ces connaissances anatomiques. Les traités zoologiques d'Aristote (traduits de l'arabe au début du 13 ème) apporte un procédé  et ainsi, on va passer de la connaissance de l'anatomie à l'intérêt d'ouvrir les cadavres des animaux et de l'homme, c'est à dire à la dissection.
On passe ainsi de l'importance des connaissances de l'anatomie, à l'intérêt d'ouvrir des cadavres. Ce qui va permettre à partir de cette démarche active d'observation, de constituer un véritable savoir anatomique.
( déjà on procédait à l'ouverture des corps dans des buts variés: transport du défunt, éviscération pour embaumement, examen post-mortem.)

En Europe, le 1er,  Mondino, dit avoir disséquer le cadavre de deux femmes en 1315.
Cette pratique de la dissection ( et de l'anatomie) a été combattue.
Le pape Boniface 8 promulgua un texte s'opposant à la dissection. Mais ensuite il n'y eut pas d'opposition institutionnelle aux dissections.
Cependant des obstacles d'ordre culturel, liés au christianisme, entravèrent le développement de l'anatomie. Par exemple la nécessité de conserver l'intégrité du corps découle du dogme de la résurrection des morts: on protégeait les corps morts de l'assaut des vivants.

Plus tard, la dissection est publique; elle se fait  avec les chirurgiens qui sont des praticiens exerçant un art mécanique.
Les dissections sont publiques et les tâches sont divisées:
- un professeur du haut de sa chaire commande le déroulement, lisant et commentant les écrits.
-un démonstrateur le seconde et montres aux assistants ce que le maître explique.
- la préparation du cadavre était confiée à un chirurgien ou à un barbier.

Apparaît alors un dispositif spatial qui facilite la perception des observations: ce sera le Théâtre anatomique.
Au début, c'est un amphithéâtre temporaire, érigé dans un espace ample et aéré, avec des sièges autour en forme de cercle. les places sont assignées selon le rang des assistants et un régisseur contrôle.
Cet espace va évoluer et aboutir au Théâtre anatomique, véritable construction à ciel ouvert: c'est une structure en bois en forme de demi-cercle, à 2 ou 3 étages, avec des gradins.

La Faculté de Montpellier est la 1 ère à avoir son théâtre en 1556.
En 1584, un théâtre permanent fut construit à Padoue: cette construction en bois pouvait accueillir 200 personnes sur 5 étages. Elle était de forme ellipsoïdale.
(Coïncidence dans les formes de l'architecture et de l'anatomie : la composition des cercles et des ellipses correspondaient avec les illustrations de l'anatomie de l'oeil.)

Le Théâtre anatomique était une gigantesque métaphore concrète du regard.

Cependant les dissections ne suffisent pas: le cadavre ouvert doit être observable à chaque instant. Ainsi faute de cadavre on aura recours à l'image.

Vésale, dans l'étude de l'anatomie, va introduire des représentations très fidèles des organes. Les planches anatomiques de Vésale sont somptueuses: il donne à voir sur le papier ce qui pouvait être vu sur la table de dissection.
Mais les premiers livres illustrés d'anatomie sont dus à Da Carpi: il représente des anatomies dans un paysage; des squelettes animés et des écorchés ouvrant leur abdomen devant le spectateur.


Ainsi va s'instaurer une collaboration entre artiste et anatomiste.
Autres exemples de grand intérêt sont les planches de dissection de Charles Estienne: elles reproduisent des compositions de Rosso Fiorentino.
(Au 16 ème siècle Rosso est avec Primatice et Salviati un illustrateur des écrits de chirurgie attribués à Hippocrate)

D'autres exemples très importants d' illustrations anatomiques  sont à citer:
--de Vésale le célèbre "de humani corporis Fabrica" ,qui est incontournable.Le graveur était Stephan Van Calcar.
- de l'anatomiste Bidloo, "l'anatomie Humani Corporis", le graveur étant Gérard de Lairesse.-
- les dessins anatomiques de Gamelin qui ont eu cours, jusqu'à nous, dans les écoles de Beaux- Arts .
- enfin, les gravures de Gautier d'Agoty et les préparations séchées de Fragonard à Maison Alfort.

Toutes ces références constituent une grande richesse artistique,  méritant d'être commentée ultérieurement.

En fin de compte les artistes ont mis au service du savoir anatomique, une dimension esthétique, mais aussi un regard au delà de l'objet mort.

L'artiste fait danser les corps, met en mouvement les cadavres .
Il faudrait parler également des plastinisations actuelles et les expositions de cadavres du Docteur Gunther Von Hagens.

Le théâtre des squelettes et des écorchés n'est plus seulement l'affaire du scalpel mais du pinceau.

R.Dumoux

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Dimanche 23 juillet 2006
L'espace et la notion de sublime.

Dès l'antiquité nous avons vu comment dans le ciel, les anciens considéraient la planète Saturne comme la reine du ciel parmi les divinités.
Le Sublime est l'ensemble des motifs littéraires ou picturaux qui témoignent d'un ébranlement, d'un effroi ou du vertige.

 Par exemple, la peinture romantique est sublime par le fait qu'elle présente des spectacles grandioses, la nature en furie, les montagnes infranchissables ou les océans et cieux infinis.
(Le siècle des Lumières avait forgé une intégrité et une connaissance quantifiable.
Une forme de Romantisme, le Kunstchaos va introduire  le sublime.)

Précédemment, la fascination de l'univers a permis des découvertes et des systèmes de pensée. Copernic avec les néo-platoniciens, est attaché aux formes parfaites du cercle et de la sphère. Il accorde intérêt aux orbes circulaires et aux mouvements réguliers: son esthétique est basée sur le rythme mathématique.
Tycho Brahé , mathématicien, dès 1572 met en cause l'immuabilité des cieux (il parle de l'extinction des planètes)
Il faut aussi mentionner, Képler, qui est le fondateur de l'astronomie moderne.  Képler est aussi astrologue: il étudie l'effet des configurations célestes sur l'âme humaine.
(Un sculpteur actuel Skoda, en 1995, à Prague, a rendu un hommage à Képler, par ses dessins, gravures, points, étoiles, volumes sculptés, pouvant évoquer les figures de la Balance ou du Capricorne.)

Newton dont la pensée est déterminante par rapport au cosmos et à l'attraction universelle demeure l'incarnation de la science classique. Goethe ou Blake lui sont profondément opposés.
Pour Blake il n'est qu'un positiviste qui réduit le monde à son apparence finie.
Blake représente Newton au fond du matérialisme, armé d'un compas.
Egalement contre Newton, Goethe avec son" Traité des couleurs "propose une théorie  symboliste  de la couleur, contrairement à la lumière analysée rationnellement.

En 1764, Kant fait l'inventaire des sujets sublimes: la Nuit, la Durée, la Nature et son Infini.

En art moderne ou contemporain,Il faut noter les appropriations de documents  scientifiques de Thomas Ruff ou de Malin (avec ses galaxies et nébuleuses). Les images du sublime moderne se caractérisent par un  anti-scientisme romantique.

Celmins, Paterson, Ewen, Jacques Monory, dessinent ou peignent d'aprés des photos scientifiques du cosmos.


Sont à remarquer en particulier les extraordinaires peintures de Vija Celmins qui ont été présentées à Paris.
D'autres artistes ironisent et sont sceptiques: ainsi Kabakof avec son installation "l'homme qui s'est envolé dans l'espace" qui a été présentée au centre Pompidou.

Par ces divers exemples on comprend que l'espace inter sidéral est au coeur du sublime dans la poésie et dans l'art depuis les temps anciens jusqu'à maintenant. Nous  sommes pris de vertige, d'effroi devant la vision de l'univers, cette enveloppe que déjà Pythagore nomme Cosmos lorsqu'il évoque la "musique des sphères".
 Le cosmos nous inquiète aussi lorsqu'on imagine les correspondances entre le macrocosme et le microcosme.

Pour conclure, une citation de Léonard de Vinci est très éclairante:
" L'homme appelé Microcosme par les Anciens est constitué comme le corps de la terre, de terre, d'eau,d'air et de feu. L'homme a des os, supports de la chair. Le  Monde a les rochers comme support de la Terre. L'homme porte le lac du Sang, où le poumon se gonfle dans la respiration; le corps de la terre a son Océan qui croit et décroit toutes les 6 heures selon une respiration cosmique."

R.Dumoux
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Jeudi 20 juillet 2006
"Espace 3" est une toile de 5 m x 3 m, du Pictorama, ensemble monumental peint composé de 30 tableaux sur l'histoire de l'humanité.


Cette toile, datée de 2005, est une vue de l'espace intersidéral où naviguent des planètes et un certain nombre d'engins volants, avec la présence d'un astronaute.
Au moment de la recherche, il était question de l'espace céleste, du Zodiaque, du Paradis de Tintoret, de l'espace céleste habité, des cosmonautes et des signes du zodiaque... Images et pensées diverses autour de cette question sont apparues avec des notes et des croquis de détails ou de composition.
Un rêve aussi: les étoiles les plus lointaines seraient à 13 milliards d'années lumière, c'est à dire qu'elles rayonnent vers nous depuis ce temps! Ce rêve a habité les peintres, depuis Giotto et la comète de Halley jusqu'à des artistes contemporains qui ont créé des oeuvres peintes de grande qualité.

L'observation de cartographies célestes et mythologiques, comme le regard sur des photos scientifiques furent un point de départ pour une composition.
Par conséquent un grand cercle de plus de 2 m de diamètre occupa dès le début toute la partie centrale de la toile.
 
Ce fut l'origine de la composition, mais le grand cercle devint la planète Saturne entourée de ses anneaux. Alentour, gravitent d'autres planètes: Pluton, Neptune,Jupiter, la Terre, Vénus.
 Le premier plan revenant à Saturne à cause de sa configuration particulière et esthétique due à ses anneaux et à leurs variations colorées.
 Planète majeure, Saturne dans l'antiquité régnait au Ciel: Saturne (ou Cronos) pour Hésiode, préside à l'âge d'or . Contrairement à l'âge de fer, l'âge d'or est le moment idyllique où les hommes vivaient comme des dieux, libres de soucis, à l'abri des peines et de la misère.

Dans le mouvement de Saturne et des autres planètes apparaissent divers engins volants: une navette spatiale, Jason, l'observatoire spatial des Océans, en haut à
gauche, Stentor, satellite pour les télécommunications, en haut à droite, et enfin, en bas, un élément de station spatiale, sur lequel se déplace un astronaute, inspiré de la silhouette d'Armstrong le 21 Juillet 1969, avec Apollo 11.
Tels sont les divers éléments directement reconnaissables de ce tableau.
La mise en place complète est ainsi constituée dans la maquette, avec la dominante de
Saturne, au centre.

Pour la recherche colorée, il a été possible de se référer à des documents photo de l'espace ou à des reconstitutions scientifiques colorées des planètes. Par exemple, Jupiter avec ses couleurs de rouge, roux et brun, en bandes parallèles, ou bien la Terre, toute de bleu et vert, ou encore, Saturne dont les teintes sont moins vives que celles de Jupiter, mais  dorées y compris dans ses anneaux.
Cette dominante colorée de brun, rosé ou or est en contraste avec l'espace qui est un fond coloré bleu nuit, saturé. Enfin certains éléments volants sont traités en grisaille.

La description de cette toile met en évidence un grand mouvement stellaire, mais aussi, elle met en scène les lumières dans la nuit, les luminaires  de la création.

A propos de l'Espace, une 4ème toile de 5 m x 3,  du pictorama, sera présentée dans un prochain article.
De même, sera abordée la notion du sublime de l'espace dans l'histoire de la littérature, de la poésie ou dans les arts plastiques jusqu'à maintenant.

R. Dumoux

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Mardi 18 juillet 2006
REMBRANDT graveur.

Eau-forte, burin, pointe-sèche, manière noire, mezzotinto sont les procédés de la gravure en creux ou taille douce.
Cet art  de la gravure en creux était déjà pratiqué par les Arabes au Moyen-Age, en Espagne et à Damas pour décorer les armes, mais c'est en Allemagne à la fin du 15 ème siècle que débute son utilisation pour la production d'estampes avec  Wenzel Von Olmutz orfèvre et graveur à Augsbourg et avec Daniel Hopfer.

Les 1ères gravures se situent au début du 16 ème avec Urs Graf et et l'homme de douleur de Dürer qui utilisa la technique de l'eau-forte pour 6 gravures seulement (alors que c'est le burin qui a consacré son génie.)
A partir de 1530, l'Italie prend la relève avec Le Parmesan qui est l'expression type du  peintre graveur. A la suite de l'Italie, l'école de Fontainebleau va diffuser le procédé.
Aux Pays-Bas,c'est au dédut du 17 ème que l'eau-forte compte ses premiers graveurs originaux: Van de Velde, Jacob Savery.

La technique de l'eau forte a peu changé depuis . Tous les ouvrages et écrits le remarquent du passé à maintenant:
-Le traité d'Abraham Bosse 1665.
-L'article de Watelet dans l'Encyclopédie sur la taille-douce: 1751-1756.
-Michel Terrapon 1975.

Très tôt, Rembrandt travaille avec le peintre et graveur Jean Lievens.
Mais surtout il avait trouvé dans l'oeuvre d' Hercule Seghers une source d'émulation décisive.

Il faut parler de Seghers génie ignoré par l'art contemporain: Seghers ne cessait d'expérimenter au niveau de l'eau-forte et au niveau de l'impression.
A chaque tirage il apportait des modifications , de nouvelles encres, de nouveaux papiers teintés.
Il fut le maître spirituel de Rembrandt. et lui a permis d'étendre les  limites de la technique pour son expression personnelle.
Seghers est le plus grand aquafortiste qui soit, faisant jaillir des richesses infinies.

L'oeuvre gravé de Rembrandt comporte 290 plaques. (Il en reste 81).
L'eau-forte est son moyen artistique privilégié mais il va lui  adjoindre la pointe-
sèche et le burin.
Dans ces 290 cuivres , Rembrandt apporte une grande liberté par rapport à la technique du burin.
 Un texte du 17 ème siècle dit: "Il avait inventé une manière bizarre pour les gravures, entièrement personnelle, jamais utilisée par d'autres: il avait des coups irréguliers et isolés qui créaient un clair obscur d'une grande intensité."

Techniquement, Rembrandt utilisait un vernis plutôt mou qui lui permettait plus de souplesse et de liberté, contrairement à Jacques Callot qui utilisait un vernis dur.
Puis il gravait avec une grande maîtrise, sans calque, ni repère, sans poncif. Cependant auparavant, il travaillait à plusieurs dessins. La morsure de la plaque se faisait à l'aide d'un mordant lent, ce qui apportait une plus grande netteté  et une plus grande sensibilité au trait. Cette morsure se faisait principalement dans un bain d'acide ( contrairement à la morsure à l'aide de coulées comme dans le travail d'Abraham Bosse). Dans certains cas, Rembrandt faisait plusieurs morsures successives, en recouvrant certaines parties à l'aide d'un vernis à recouvrir.

A partir de 1640, Rembrandt a utilisé de plus en plus les techniques à sec, principalement, la pointe-sèche pour retravailler la planche déjà mordue.
Toutes les reprises, ajouts, ou suppressions donnent lieu à des états, parfois 8 ou 10 pour une gravure. Et les impressions des états étaient souvent limitées: 2 estampes par état. Parfois la conception du sujet est tellement modifiée qu'il s'agit d'une autre oeuvre.

Un exemple de gravure: " les 3 Croix"


Souvent dans les gravures de Rembrandt, il y a une base de travail à l'eau- forte.
Pour les "3 Croix", Rembrandt travaille directement à la pointe-sèche, sans base d'eau- forte et avec des reprises au burin.
Dans les 3 Croix il reprend son cuivre pour faire naître une vision nouvelle: il efface au brunissoir, au grattoir éléments secondaires qui détournent l'attention du drame central, la mort du Christ. Sur ce fond parfois inégalement aplani, il construit ses figures avec cette simplification cubiste qui caractérise son dernier style graphique. Sur cette vision, Rembrandt hachure au burin et à la pointe sèche toute la surface du cuivre.
Ainsi, il recréé totalement son sujet , métamorphosant une scène narrative du Golgotha en vision symbolique et cosmique, une crucifixion par la lumière et l'ombre.

Rembrandt aquafortiste a créé une oeuvre de lumière et de liberté. Il a commencé avec  l'eau forte puis a introduit les techniques directes . Avec la même liberté il a créé des oeuvres à la technique mixte jusqu'aux expérimentations au moment du tirage, en variant l' essuyage,  ou en utilisant de la fleur de soufre pour créer un grain très fin comparable à l'aquatinte.

(A noter enfin que dans les années 1650- 1655 ,Rembrandt a gravé plusieurs planches à la pointe sèche.)
 Assuré de l'infaillibilité de sa main, il cède à l'attrait de l'immédiateté de la pointe- sèche. Pour cela il commence par le paysage: il fixe directement le sujet sur la plaque, devant le paysage au cours d'une promenade.
Tel est "Le Bouquet d'Arbres" Ce sont des arbres en lisière de la forêt:


le graveur  laisse un grand vide, un grand blanc qui suggère une plaine écrasée de soleil, alors que la croissance des frondaisons est exhubérante.)

R.Dumoux

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Mercredi 12 juillet 2006
Dans un article précédent j'ai parlé de mon travail de gravure et en particulier des gravures du Pictorama.
Il fut question des techniques de gravure, pointe sèche, burin, techniques d'attaque directe du métal.
Quelques artistes et oeuvres de 1ère importance sont à noter car ils sont emblématiques de ces aspects de la gravure.

Dürer (outre ses gravures sur bois) est un représentant majeur de la gravure au burin. Il est intéressant d'observer une oeuvre célèbre de Dürer : les 4 sorcières ( de 1497)


Parmi les gravures au burin de Dürer, d'avant 1500, celle-ci est caractéristique d'une observation fascinée du réel. Il reconstitue la réalité.
Dürer s'émancipe des raideurs stéréotypées et schématiques du Nord.
Il recourt cependant aussi  à l'emploi de canons et de citations érudites. Il fait des spéculations à partir de Vitruve et de son traité antique d'architecture en étudiant la question des proportions du corps,  sur la base de principes géométriques.
 Il s'inspire des vestiges antiques et de la statuaire héllénistique des 3 grâces par exemple pour les "4 sorcières". Les modèles peuvent aussi  être puisés dans les monnaies et camées.

Les burins de Dürer, c'est la recherche de l'originalité :
Dürer fait la synthèse entre la reconstitution du réel (par l'observation détaillée, analytique) et la volonté de recherche de la Beauté par l'utilisation des canons et des modèles antiques.

Le burin se prête particulièrement à l'analyse détaillée, par le jeu des tailles, contre-tailles, lignes de tirets, points, criblés et dégradés, qui constituent une géométrie très analytique du réel.
Le maniement du  burin obéit à des mouvements et à une géomètrie fascinante. La main du graveur tourne la plaque sur son support (coussin de cuir) pour obtenir chaque ligne ou courbe, alors que, poussée par l'autre main, la pointe du burin creuse, avec des modulations, le sillon dans le cuivre.

Les" 4 sorcières" sont peuplèes d'objets macabres, d'un globe et d'un démon, créant ainsi une atmosphère fantastique, maléfique et érotique. La magie du burin est magnifique dans ce travail de finesse.
Au sommet de la gravure dans une sphère il y a une inscription et la date 1497 :
O.G.H. Cette inscription peut signifier: Orcus Gehenna Hadès, l'enfer dans les 3 langues bibliques. Autres significations possibles: "Dieu nous garde" ou" Maison Publique".

Mais une autre interprétation de cette gravure est relative au jugement de Pâris:
- à droite, Vénus est de face - Minerve est de dos - Junon est de 3/4 à gauche.
- Le 4 ème personnage est très revêche: c'est la Discorde.
La sphère renvoie à la pomme du jugement de Pâris. C'est une oeuvre riche qui indique comment était perçue la femme; l'atmosphère macabre peut-être une condamnation de ces nus qui suggèrent des figures diaboliques.

Dans un prochain article,  il sera question de Rembrandt graveur qui a travaillé l'eau-forte (en liaison aussi avec le burin ou la pointe sèche) et qui a apporté une grande liberté par rapport à la technique du burin qui est plus austère.

R.Dumoux
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Samedi 8 juillet 2006
Sur le site www.viapictura.com, figure un Diaporama des compositions gravées de l'ensemble monumental peint, Pictorama.
La plupart des toiles du Pictorama sont réalisées en gravure (Taille douce)
Ce sont des gravures  sur des cuivres de 24 x 30 cm chacun.


La fin de l'automne et le début de l'hiver sont propices à une repli ou à un recueillement dans les reflets du cuivre.
Chaque année, novembre et décembre voient apparaître une suite gravures.
 En particulier, les divers projets et maquettes du Pictorama sont reprises en gravure.

3, parfois 4 planches sont travaillées. La composition est redessinée sur le cuivre, parfois inversée pour retrouver le sens de l'original à l'impression.
La technique est d'attaque directe: le plus souvent, il s'agit de pointes sèches reprises partiellement au burin. Quelques effets de morsure au soufre viennent quelques fois animer les fonds d'une grisaille semblable à l'aquatinte.
Ainsi ont été réalisées en gravure sur cuivre diverses séquences de l'histoire de l'humanité: la création, la préhistoire, l'antiquité,  le Moyen -âge, la renaissance, l'époque moderne , le 19 ème siècle, le 20ème,  et l'espace, le futur.
Dans chacune de ces périodes plusieurs images sont  traitées.
Par exemple pour l'espace, il existe 4 séquences, 4 tableaux différents.

Pendant cette période annuelle de gravure, d'autres planches sont gravées: elles se rapportent à des toiles de 2 m ou 2m 50 ou bien à des projets en cours. La gravure est toujours ainsi un espace de liberté qui se développe à partir d'un schéma ou d'un modèle de base. C'est la liberté et la maîtrise de la ligne qui s' invente au bout de la pointe de diamant. Une véritable écriture naît.
Ainsi seront traités des thèmes historiques ou mythologiques ou religieux, ou encore des évocations allégoriques et symboliques.
Ces planches sont travaillées également au burin et à la pointe-sèche.

Vient ensuite le moment du tirage des estampes: c'est l'installation avec les encres à gravure, la presse, les papiers et de menus outils utilisés pour les encrages et essuyages.

Le finalité de cet article est d'inviter le lecteur à visualiser le Diaporama présenté sur le site viapictura.com
Dans un prochain article il sera intéressant d'aborder quelques techniques de gravure et surtout d'évoquer le métier de Dürer ou de Rembrandt.

R.Dumoux

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Jeudi 6 juillet 2006
"La nouvelle leçon d'Anatomie" Toile de 5m x 3m , extraite du Pictorama.


Ce tableau est actuellement réalisé sous forme de maquette colorée et tous les éléments qui la composent sont précisés. La mise en place sur la toile préparée de 5m x 3 est en cours d'agrandissement.

Cette toile est composée à la manière d'un triptyque: au centre de l'image, un corps est étendu: il est le théâtre d 'expérimentations où se mêlent anatomie et appareillages techniques.
 De part et d'autre figurent diverses actions: à droite les éléments de de l'anatomie et de la dissection telle qu'elle a existé depuis la renaissance. Et à gauche, des interventions liées à la technologie, à la robotique, mettant en scène des robots humanisés ou des humanoïdes.

Une analyse descriptive plus précise de chaque partie semble maintenant nécessaire.
-  La partie centrale, montre la table de dissection et ses acteurs. Les officiants sont des personnages masqués en costume de savant post-humain, rouge vif ou noir et gris. Sur la table, le patient (c'est une femme qui par sa poitrine évoque la célèbre statue de Diane d'Ephèse) subit une sorte de dissection qui est plutôt une transplantation, d'organes naturels ou mécaniques. Les officiants sont protégés ou surveillés par un personnage en armure et par un robot. Au bas de la table, diverses pièces, comme les éléments d'une armure qui se rapportent aussi à diverses cultures (Afrique, Egypte)
Toujours au centre dans la partie supérieure se remarque, comme un tableau ancien, une effigie de savant: il s'agit de Faust inspiré par une muse et  un ange diabolique .

-  La partie gauche de cette toile montre diverses manifestations des études du corps humain et des anatomies possibles.
En haut de ce côté gauche, apparaît la Vénus de Milo, emblématique de l'étude du corps .
Tandis que, autour, on voit le peintre antique et ses 5 modèles, référence à Zeuxis ou à Apelle.
Au dessous, en bas du tableau, figure un mannequin qui est plus spécifiquement anatomique, dans lequel on distingue les organes internes de la cage thoracique ou de l'abdomen. Il s'agit d'un mannequin de cire de André Pierre Pinson. Un artiste contemporain, Zoé Léonard, en a d'ailleurs tiré des photos de grand intérêt. (Seated Anatomical Model) D'autres exemples à la Renaissance de ces anatomies de cire peuvent être citées, aussi bien en volume qu'en dessins scientifiques d'une grande précision et d'un bel aspect esthétique. Il faut mentionner absolument l'Atlas d'anatomie humaine de Bourgery et Jacob, dont les dessins  sont très précis et expressifs.
Sans doute, il sera question dans un article à venir, d' autres aspects de la recherche anatomique, à propos de l'invention et de l'évolution de la dissection au cours des siècles.

-  Quand à la partie droite du tableau, elle présente une leçon de dissection avec les instruments et des assistants entourés de tableaux pédagogiques où l'effigie du squelette est  comme l'écho scientifique de la Vénus de Milo visible à gauche.
Toujours à droite, mais au bas du tableau, on distingue un savant Post-humain manipulant une cornue: il est entouré de la menace d'androïdes, d'humanoïdes ainsi que de figures robotisées qui semblent provenir de Starwards.

Cette toile de 5m x 3m peut constituer un panorama de l'évolution de la science de l'anatomie, depuis l'antiquité jusqu'à maintenant où des merveilles de transplantations sont effectuées avec cependant le danger pour l'homme de devenir un apprenti sorcier et de mécaniser de façon anonyme l'humaine condition jusqu'à créer des robots ou des clones.
Prochainement un article sera mis en ligne à propos de la dissection et de l'anatomie au cours des siècles, depuis le savoir médical des traductions arabes, à Avicenne, jusqu'à maintenant.
R.Dumoux

www.viapictura.com
 

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