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La biographie de Max Ernst :
 


Elle établit une  relation existentielle entre sa vie et son oeuvre.

        Dans la description de son enfance deux leitmotivs apparaissent, qui seront les thèmes majeurs et déterminants de son travail.
        - la forêt,
        - le supérieur des oiseaux : Hornebom.


(la lecture de Freud est importante pour Ernst relativement à l'importance qu'il accorde à  ses souvenirs d'enfance.)

        - La forêt est pour lui intimement liée au souvenir du père.

Ernst a observé son père en train de peindre une forêt avec un ermite.
Il apparaît que le désir de peindre du fils vient de son père. Tous les souvenirs de la forêt peinte par son père vont au delà de souvenirs d'enfance et constituent une source féconde dans le travail d'Ernst. Ces souvenirs il les reconstruit dans  sa biographie qui lui permet de se réaliser et cela va consacrer sa célébrité. Et il avouera avoir désiré dès sa jeunesse suivre l'itinéraire d'un artiste célèbre.

Un désir d'enfance parfois à peine perçu se fait jour peu à peu, attend peut être, selon les aléas de la vie, s'impose de plus en plus et parvient enfin à un accomplissement.

        - Le 2éme leitmotiv qui traverse l'oeuvre de Max Ernst est une expérience marquante de son enfance.

Un ami de Max est HORNEBOM, perroquet de toutes les couleurs; il meurt dans la nuit  et en même temps dans la famille naît un enfant, le 6éme de la famille. C'est Apollonia, la petite soeur qui se serait approprié l'avidité de vivre, la sève de l'oiseau bien aimé. Dans l'imagination du jeune Ernst apparaît une représentation irrationnelle où se confondent les oiseaux et les hommes.

        Ainsi l'artiste va créer LOPLOP  l'oiseau mythique qui ne cessera de l'accompagner. Loplop est un messager comme son sur-moi, véritable fantôme privé. Cette figure, son double en quelque sorte  permet à Ernst de s'exprimer à la 3ème personne.

 

Loplop Introduces Loplop. 1930. Huile et matériaux divers sur bois. Collection privée.
100 x 180 cm.

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    Description du vécu dans la biographie d'Ernst

        Max écrit à la 3ème personne  et d'ailleurs il va se donner différents noms :
Il, lui, le petit Max, le garnement, le fils, l'ainé, le garçon, le grand garçon, l'artiste...

        Ernst ne rédige pas nécessairement selon une chronologie précise mais il accumule des récits et des descriptions d'actions, d'événements mêlés à des réflexions ou à des associations relatives à la forêt et à l'oiseau.
    Il a des ouvenirs très différents dans un ordre fortuit et dans l'ensemble, il n'y paraît pas de sens clairement linéaire..
Mais en réalité, se construit peu à peu dans les aléas des descriptions et réflexions, un récit d'une grande cohérence. Il se construit comme une nouvelle entité où l'artiste et l'oeuvre ne font qu'un.

Ces aléas diversifiés qui construisent quelque chose de précis et sensé rappellent la technique du collage. Cela évoque aussi la rencontre fortuite d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection.

        L'artiste devient un instrument d'exécution : il se fait observateur de lui-même et se trouve déchargé de la responsabilité de sa création.

 

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    A propos du Génie artistique

        Ernst n'a plus tout à fait la responsabilité de sa création.
Il se détourne ainsi de la conception de l'artiste comme créateur ex-nihilo et de l'artiste doué pour les arts. Conception romantique qui a profondément marqué le 19ème siécle.
        Ernst réfute cette idée selon laquelle il faut des capacités particulières pour créer une oeuvre d'art.
 Il refuse la notion de génie divin.

Depuis les siècles passés l'art avait un caractère sacré religieux. L'artiste créateur était le héros d'une religion de l'art. (En Allemagne le mythe de l'artiste se développe à partir de Dürer auquel on voue un vrai culte de Génie.)
Et toujours à la fin du 19ème, les artistes sont l'objet d'un culte et on leur attribue des pouvoirs magiques et sacrés.
        Ernst ne veut pas de l'idée d'une mission que l'artiste doit remplir, mission qui le distingue de l'homme commun et fait de lui comme un prêtre.

        Ainsi pour prouver cet anti-génie Ernst explique sa façon de créer :

Il donne  le détail de ses premiers collages et démontre leur processus hasardeux.
Il avait commencé à Cologne en collectant des images dans un catalogue de produits destinés à l'enseignement (et il s'en est suivi des hallucinations d'objets, de compositions qu'il subit...)
Ce travail du hasard va ensuite déboucher sur l'invention du frottage.
Le frottage sur le plancher, Ernst le rattache à son enfance : il considère que les associations liées à l'enfance sont déterminantes pour la constitution du moi.
Pour le dripping qu'il va utiliser ensuite Ernst dit simplement que c'est un jeu d'enfant.  (prendre une boîte percée , mettre de la couleur et la balancer au dessus du tableau...)

        Dans chaque cas, c'est un hasard calculé, avec le refus de la fable de la créativité de l'artiste.

       
        Cependant, l'utilisation de la 3éme personne, le fantôme de Loplop qui parle en son nom, la forêt, la réflexion sur toute sa vie, sur son processus de création, tout cela constitue l'autobiographie de Max Ernst et aussi refonde un nouveau mythe d'artiste. Par l'utilisation de la 3ème personne, c'est la stratégie de retrait permanent qui nourrit un mythe nouveau, une vision moderne et idéale de l'artiste.

        Malgré le refus d'Ernst d'une idéalisation de l'artiste, il y a tout de même la création d'un idéal particulier qui n'appartient qu'à Ernst.
En cela Ernst est proche de Goethe pour qui le récit autobiographique essaie de reconstruire la vie intérieure d'après un modéle idéal du moi.


R. Dumoux
www.viapictura.com

 

Tag(s) : #Répertoire iconographique