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Le corps dans la sculpture. (article 3)

Dans l'article précédent il était question de la représentation du corps dans l'antiquité gréco-latine.

Le 19ème siècle est du plus grand intérêt à étudier sous cet aspect.  Rodin semble la figure essentielle servant de pont entre l'antiquité et l'époque moderne. (au delà de la Renaissance qui nous a intéressé précédemment.)

Rilke était le secrétaire de Rodin : il a écrit sur son oeuvre et sa perspective historique. Il considère Rodin comme le premier véritable sculpteur depuis l'antiquité.

Le corps est presque l'unique sujet de Rodin.
Quelques oeuvres majeures de Rodin sont très parlantes.

Avec l'Age d'Airin, Rodin renouvelle la tradition du corps. Pour cette sculpture, il se défend d'avoir utilisé un moulage : pour cela il montre des photos du modèle vivant qu'il a employé. Ainsi découvre-t-on l'exactitude et l'expression du modelé comparé à la musculation du modèle.

La Porte de l'Enfer est comme une bataille où les corps cherchent leur âme.

L'homme qui marche ou étude pour Jean Baptiste : le modèle est un ouvrier italien dans la position d'un homme qui marche.

Le Balzac met en scène un homme nu aux bras croisés. Rodin va jeter sur ses épaules une robe de chambre trempée dans le plâtre. La masse du corps  de Balzac va jaillir de ce geste qui renonce au fini.
Plus tard Rodin dépasse le réalisme et il ne distingue plus l'esquisse de l'oeuvre achevée.

Un autre sculpteur important à l'époque est Carpeaux. Son oeuvre : le Génie de la Danse réalisé pour l'Opéra fut un choc pour l'opinion, à cause de la sensualité des corps. Une autre sculpture fut commandée, mais l'oeuvre de Carpeaux resta en place et elle demeure une pièce maîtresse.

Un autre sculpteur suscite un intérêt particulier : Clésinger.
Il y eut un scandale autour de son travail. Pour "la femme piquée par un serpent" l'artiste a utilisé un moulage sur le vivant. Il fait apparaître une sensualité un peu triviale, mais c'est le problème du moulage qui est posé.
Au 19ème siècle, en effet, la pratique du moulage des corps vivants est perfectionnée. On réalise pour la postérité des moulages de fragments de corps avec beaucoup de précision par exemple la main de Victor Hugo. Mais cette pratique souffre du même discrédit que la photo. (l'utilisation d'empreintes paraissant comme un moyen mécanique honteux)

Sans doute Rodin est-il l'exemple majeur pour la représentation du corps en art au 19ème ; mais c'est en peinture que ce thème est le plus fécond.
Citons seulement : David, Girodet, Flaxman, Fussli, Blake, Ingres, Géricault, Courbet, Daumier, Degas, les Préraphaélites, Burne Johns, Hunt, Millais, Cabanel, Manet, et les Symbolistes de Gustave Moreau à Odilon Redon.
La liste est longue et très caractéristique de l'importance de cette question de la représentation du corps au 19ème siècle.

Dans le prochain article, je ne retiendrai que des aspects particuliers pour une approche plus approfondie et pour dégager une évolution de l'esthétique au cours du siècle.

R.Dumoux
www.viapictura.com

Tag(s) : #Le corps dans la peinture