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Le corps dans la peinture (article 5)
Au 19ème siècle il y eut le Réalisme de Courbet, nous l'avons vu et plus tard une autre forme de réalisme est apparue :
 le réalisme optique et photographique après l'invention de la photo à partir de 1839.

La photo devient un substitut de la nature et du modèle. Delacroix examine et travaille les corps à partir de photos.
Dès 1850 on s'est mis à produire d'innombrables photos de modèles. Ex : Gaudenzo Marconi. Les peintres vont se servir de photos pour simplifier le travail et éviter la pose de modèles.
(Jusque là, le modèle avait joui du plus grand rôle dans la pratique de l'art. Le modèle est une figure récurrente de la littérature. Poser pour des artistes est une véritable profession ; certains modèles étaient célèbres pour la beauté de leur corps et ils  se considéraient comme de véritables collaborateurs de l'artiste.)

Le modèle était précieux  pour l'observation et pour l'inspiration que sa proximité suscitait.
Avec la photo, les peintres se mettent en compétition sur le terrain de la finesse et du détail précis. Ils vont adopter le réalisme optique. Cabanel en 1863 expose Vénus qui est achetée par l'empereur et il s'inspire visiblement du réalisme de la photo et aboutit à un art académique.
Manet fera la critique de cette tradition académique et va créer un art indépendant, peignant au nom de la Vérité.
En 1863 aussi, Manet expose le déjeuner sur l'herbe . La même année il peint l'Olympia. Il s'agit de véritables manifestations de la Vérité  du corps dans la peinture. Les attaques contre le tableau  Olympia le présente comme déformé et sale. Il paraissait faux, alors que la Vénus de Cabanel et Baudry paraissaient vraies. Maintenant, le public , habitué à l'impressionnisme, trouve la peinture académique artificielle.
Aujourd'hui, l'oeuvre de Manet  parait pleine de Vérité, fidèle à l'apparence et elle jette comme un flash de réalité.

A l'opposé de cette peinture qui se préoccupe de la réalité, de la vérité, se développent divers courants divergents : les préraphaélites et les symbolistes. Ils se tournent vers un art antiphotographique ;

Les préraphaélites anglais vont cependant avoir souci du réel (chaque détail est étudié sur nature et les visages sont des portraits pris parmi les proches)  car ils veulent évoquer l'apparence exacte de la surface des choses. Il faut à cet égard citer Millais et Hunt.
Leurs thèmes sont souvent symboliques, historiques et religieux: par exemple: "Jésus dans la maison de ses parents" ou "le mauvais berger".
Puis les préraphaélites abandonnent le réalisme anti-académique pour un art plus symboliste.
Burne Jones dont nous avons vu des toiles inspirées, utilise une technique minutieuse pour un art anti-naturaliste. Le dessin est linéaire, stylisé, la couleur est arbitraire parfois, le corps est désincarné : ce sont des corps irréels qui furent des modèles en Europe pour créer un monde intérieur et susciter une grande inspiration.
Dans cette veine, on peut citer (visible au musée d'Orsay) l'école de Platon de Delville, qui présente de longs et sinueux androgines autour d'un Platon christique. Ce sont des personnages irréels qui marquent un retour à l'alégorie  et au mythe chez des artistes littéraires.

Le Symbolisme en tant que mouvement est très présent à la fin du 19ème siècle : il parait comme une résurgence de l'idéal romantique et résulte d'une déception par rapport à la connaissance positive. Mallarmé en est le théoricien. Le symbolisme ne décrit pas mais suggère. En effet , l'émotion et l'intuition priment. La présence naturelle n'est qu'une apparence, alors que la réalité est de nature spirituelle et demeure cachée et on fait confiance au rêve plutôt qu'à la raison. Le corps n'est que le  signe d'une réalité supérieure.
Deux aspects sont à distinguer dans le symbolisme :

- L'un est de caractère littéraire : on travaille à des sujets ésotériques, avec certains moyens de l'art académique
Gustave Moreau est un exemple majeur.

- L'autre courant est issu de l'avant-garde réaliste et moderniste qui s'intéresse à la recherche plastique. Odilon Redon est un plasticien pour qui le corps est un langage. Il sépare telle partie du corps pour représenter une action : l'oeil dans le " rêve". Une tête séparée signifie la pensée. Les têtes séparées de Redon sont une image de la pensée.
Dans la même veine, certains artistes présentent des moyens plus solides: par exemple Puvis de Chavannes.
Egalement le suisse Ferdinand Hodler développe une vision personnelle et expressive du corps : femmes aux hanches excessives .
Gauguin va chercher des modèles hors de la tradition et aboutit  à une vision du corps qui échappe aux canons traditionnels. Il est universel mais aussi parait très moderniste et exerce une grande fascination.

Toutes ces observations sur la représentation du corps au 19ème siècle ne prétendent pas être exhaustives mais elles donnent un certain nombre de repères majeurs sur cette question du corps. Cependant leur abondance est remarquable.
La prolifération figurée est devenue pour mon travail une constante et faire ainsi un "relevé" d'oeuvres ou de personnages  est une passion stimulante et créatrice.

Dans le prochain article il sera question de la figure et de la représentation du corps dans l'art moderne et contemporain.

R.Dumoux
www.viapictura.com

Tag(s) : #Le corps dans la peinture