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Actuellement, deux de mes grandes toiles de 5 mètres x 3 traitent du "Changement climatique" et de la "Pollution".
Le texte ci-dessous a pour propos de montrer le caractère négatif de la pollution  mais aussi ses possibles mutations vers un renouveau de la vie ou bien vers un idéal élevé.. (La toile " Pollution " exprime ce paradoxe)


> voir les dossiers documentaires qui sont à la base de la construction de ces deux toiles monumentales

   POLLUTION et SUBLIME.

            LONDRES : pour se chauffer, au 18 et 19éme siècle, on utilise beaucoup le charbon pour pallier au manque de bois. d'où de très importants rejets de fumée. Cette fumée de charbon produit des effets d'atmosphère qui feront la spécialité de certains peintres tels Turner, puis Monet et Whistler.

              Par exemple de 1830 à 1840, Turner représente souvent la suie noire mêlée à l'air humide. Dans le cadre de ses évocations historiques et topographiques, Turner voulait représenter la fumée urbaine.
Turner ne s'indigne pas comme Blake ou Ruskin, il ne se plaint pas de cette ville polluée et il veut dépeindre Londres de plus en plus enfumée.

             La fumée provoquait des brouillards d'une incroyable densité. Apparaît en 1840, la purée de pois épaisse et jaune.
Ce brouillard était mortel et il pouvait tuer jusqu'à 700 personnes par semaine.
En 1888 l'obscurité enveloppa Londres pendant plusieurs jours.

  
            18 millions de tonnes de charbon étaient brûlées chaque année et ainsi des centaines de tonnes de suie polluaient l'air.
Ce mélange de fumée et de brouillard est appelé SMOG en 1905.

             Le smog provoque des effets visuels spectaculaires et c'est cela qui incite Monet à traverser la Manche, pour observer et peindre ces effets de lumière. Monet, contre l'opinion courante, aimait le brouillard.

            En général, les conditions atmosphériques extrêmes  provoquaient répulsion mais aussi curiosité..
Le brouillard de Londres, c'est une attraction comme ailleurs le Vésuve.
Le brouillard, c'est le Sublime de Londres : la fumée, le bruit, le surpeuplement déshumanisent Londres et sont montrés amplifiés. Ce sont de vrais désastres bibliques. On pense aux toiles de John Martin ou aux gravures de Doré.

            En 1904 : le succès éclatant des toiles de Monet sur Londres, ce succès est en relation avec l'actualité de cette pollution sublime.
Les français étaient toujours attirés par l'Angleterre..... c'est une sensibilité partagée. Ainsi on est curieux de cette purée de pois de Londres.

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            Tout cela se déroule aussi à la lumière de l'oeuvre de Turner qui fut une source d'inspiration pour Monet.

           Mallarmé a des objectifs artistiques proches de Monet et la série londonienne de Monet a des affinités particulières avec Mallarmé qui aimait le brouillard de Londres.
Pour Mallarmé, il y a un parallèle entre l'air enfumé de Londres et les  associations élégiaques dans son poème en prose "la pipe".

           Comme Monet et Mallarmé, Whistler, s'enthousiasmait pour les effets visuels du brouillard à Londres malgré les conséquences très néfastes sur sa santé.
Depuis 1863 il habitait près de la maison où était mort Turner et il avait vue sur des bâtiments industriels le long de la Tamise.
La laideur du cadre fait qu' il faut remarquer l'ingéniosité de l'artiste pour créer la beauté des "nocturnes"..
Dans ses Nocturnes, les aspects de la Tamise, le smog puant, le crépuscule permanent et tous les aspects laids et incommodants sont traités avec la délicatesse des estampes japonaises.
C'est cet attachement de Whistler aux brouillards londoniens qui est à l'origine de la création des nocturnes.

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            Ainsi pour Monet, Turner, Mallarmé ou Whistler les manifestations les plus dérangeantes de la pollution et leurs manifestation laides sont à la source d'un nouveau sublime. Semblable au sublime des catastrophes, des tornades dévastatrices ou des montagnes écrasantes qui se muent en tremblements de terre dévastateurs.

R.Dumoux
www.viapictura.com

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N.B.
Whistler a la nostalgie de Venise. Certains aspects de Venise lui rappellent Londres.
Vers 1880 une caractéristique de Venise est la puanteur, l'odeur nauséabonde du Canal en été..
Une autre odeur à Venise est celle du soufre et de la fumée de charbon, car Venise était un grand centre industriel européen.
La combustion du charbon était utilisée pour les locomotives mais aussi pour une usine à gaz.. Certains campaniles sont transformé en cheminée crachant la fumée. Egalement existaient des usines d'engrais et d'autre part sur l'île une énorme usine de pâtes alimentaires.

Monet et Whistler exploitaient ces aspects de la pollution urbaine du 19éme.
Le même talent est partagé par Monet, Whistler ou Turner : exploiter l'air vicié des villes pour forger un art durable.

 

 

Tag(s) : #Ensemble Monumental Peint