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Eau-forte, burin, pointe-sèche, manière noire, mezzotinto sont les procédés de la gravure en creux ou taille douce.
Cet art  de la gravure en creux était déjà pratiqué par les Arabes au Moyen-Age, en Espagne et à Damas pour décorer les armes, mais c'est en Allemagne à la fin du 15 ème siècle que débute son utilisation pour la production d'estampes avec  Wenzel Von Olmutz orfèvre et graveur à Augsbourg et avec Daniel Hopfer.

Les 1ères gravures se situent au début du 16 ème avec Urs Graf et et l'homme de douleur de Dürer qui utilisa la technique de l'eau-forte pour 6 gravures seulement (alors que c'est le burin qui a consacré son génie.)
A partir de 1530, l'Italie prend la relève avec Le Parmesan qui est l'expression type du  peintre graveur. A la suite de l'Italie, l'école de Fontainebleau va diffuser le procédé.
Aux Pays-Bas,c'est au dédut du 17 ème que l'eau-forte compte ses premiers graveurs originaux: Van de Velde, Jacob Savery.

La technique de l'eau forte a peu changé depuis . Tous les ouvrages et écrits le remarquent du passé à maintenant:
-Le traité d'Abraham Bosse 1665.
-L'article de Watelet dans l'Encyclopédie sur la taille-douce: 1751-1756.
-Michel Terrapon 1975.

Très tôt, Rembrandt travaille avec le peintre et graveur Jean Lievens.
Mais surtout il avait trouvé dans l'oeuvre d' Hercule Seghers une source d'émulation décisive.

Il faut parler de Seghers génie ignoré par l'art contemporain: Seghers ne cessait d'expérimenter au niveau de l'eau-forte et au niveau de l'impression.
A chaque tirage il apportait des modifications , de nouvelles encres, de nouveaux papiers teintés.
Il fut le maître spirituel de Rembrandt. et lui a permis d'étendre les  limites de la technique pour son expression personnelle.
Seghers est le plus grand aquafortiste qui soit, faisant jaillir des richesses infinies.

L'oeuvre gravé de Rembrandt comporte 290 plaques. (Il en reste 81).
L'eau-forte est son moyen artistique privilégié mais il va lui  adjoindre la pointe-
sèche et le burin.
Dans ces 290 cuivres , Rembrandt apporte une grande liberté par rapport à la technique du burin.
 Un texte du 17 ème siècle dit: "Il avait inventé une manière bizarre pour les gravures, entièrement personnelle, jamais utilisée par d'autres: il avait des coups irréguliers et isolés qui créaient un clair obscur d'une grande intensité."

Techniquement, Rembrandt utilisait un vernis plutôt mou qui lui permettait plus de souplesse et de liberté, contrairement à Jacques Callot qui utilisait un vernis dur.
Puis il gravait avec une grande maîtrise, sans calque, ni repère, sans poncif. Cependant auparavant, il travaillait à plusieurs dessins. La morsure de la plaque se faisait à l'aide d'un mordant lent, ce qui apportait une plus grande netteté  et une plus grande sensibilité au trait. Cette morsure se faisait principalement dans un bain d'acide ( contrairement à la morsure à l'aide de coulées comme dans le travail d'Abraham Bosse). Dans certains cas, Rembrandt faisait plusieurs morsures successives, en recouvrant certaines parties à l'aide d'un vernis à recouvrir.

A partir de 1640, Rembrandt a utilisé de plus en plus les techniques à sec, principalement, la pointe-sèche pour retravailler la planche déjà mordue.
Toutes les reprises, ajouts, ou suppressions donnent lieu à des états, parfois 8 ou 10 pour une gravure. Et les impressions des états étaient souvent limitées: 2 estampes par état. Parfois la conception du sujet est tellement modifiée qu'il s'agit d'une autre oeuvre.

Un exemple de gravure: " les 3 Croix"


 

Souvent dans les gravures de Rembrandt, il y a une base de travail à l'eau- forte.
Pour les "3 Croix", Rembrandt travaille directement à la pointe-sèche, sans base d'eau- forte et avec des reprises au burin.
Dans les 3 Croix il reprend son cuivre pour faire naître une vision nouvelle: il efface au brunissoir, au grattoir éléments secondaires qui détournent l'attention du drame central, la mort du Christ. Sur ce fond parfois inégalement aplani, il construit ses figures avec cette simplification cubiste qui caractérise son dernier style graphique. Sur cette vision, Rembrandt hachure au burin et à la pointe sèche toute la surface du cuivre.
Ainsi, il recréé totalement son sujet , métamorphosant une scène narrative du Golgotha en vision symbolique et cosmique, une crucifixion par la lumière et l'ombre.

Rembrandt aquafortiste a créé une oeuvre de lumière et de liberté. Il a commencé avec  l'eau forte puis a introduit les techniques directes . Avec la même liberté il a créé des oeuvres à la technique mixte jusqu'aux expérimentations au moment du tirage, en variant l' essuyage,  ou en utilisant de la fleur de soufre pour créer un grain très fin comparable à l'aquatinte.

(A noter enfin que dans les années 1650- 1655 ,Rembrandt a gravé plusieurs planches à la pointe sèche.)
 Assuré de l'infaillibilité de sa main, il cède à l'attrait de l'immédiateté de la pointe- sèche. Pour cela il commence par le paysage: il fixe directement le sujet sur la plaque, devant le paysage au cours d'une promenade.
Tel est "Le Bouquet d'Arbres" Ce sont des arbres en lisière de la forêt :


 

le graveur  laisse un grand vide, un grand blanc qui suggère une plaine écrasée de soleil, alors que la croissance des frondaisons est exhubérante.)

R.Dumoux

www.viapictura.com

Tag(s) : #La gravure