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 Précédant ma toile intitulée " la nouvelle leçon d'Anatomie", une recherche historique a été faite sur l'anatomie et la dissection au cours des siècles, ce qui m'a amené, au terme de la réflexion, à créer cette composition originale, qui évolue du passé vers la recherche scientifique ou la science fiction.

Cet article est important car il situe des ambiances, des approches et techniques diverses selon les époques et fournit ainsi une sorte de répertoire iconographique .

L'invention de la dissection est dûe à la recherche de la connaissance du corps et de ses vérités.
Les antécédents:
Il y eut d'abord, dans l'occident médiéval, la réception de la médecine gréco-arabe.
Ceci grâce à la traduction de textes arabes en latin par Constantin l'Africain (au mont Cassin) Telle, l'Isagoge, encyclopédie d'un médecin d'origine persanne, Haly Abrac.

Deuxième étape importante a eu lieu  à Tolède. Gérard De Crémone vers 1145, traduisit des dizaines d'ouvrages.
Par exemple:
- La Chirurgie d'Albucassis.
- le Canon de la Médecine d'Avicenne.
- l'Art Médical de Galien.
Les traductions arabes ont un rôle de première importance dans l'évolution du savoir médical dans l'Europe latine.
Sous l'influence de ces ouvrages, les connaissances anatomiques gagnent en clarté et en précision.
Ainsi vont apparaitre les grandes sommes médicales comme le canon d'Avicenne ou le Colliget d' Averroès qui réservait une importance accrue à l'anatomie.

Dès l'antiquité, on cherche une méthode d'approche de ces connaissances anatomiques. Les traités zoologiques d'Aristote (traduits de l'arabe au début du 13 ème) apporte un procédé  et ainsi, on va passer de la connaissance de l'anatomie à l'intérêt d'ouvrir les cadavres des animaux et de l'homme, c'est à dire à la dissection.
On passe ainsi de l'importance des connaissances de l'anatomie, à l'intérêt d'ouvrir des cadavres. Ce qui va permettre à partir de cette démarche active d'observation, de constituer un véritable savoir anatomique.
( déjà on procédait à l'ouverture des corps dans des buts variés: transport du défunt, éviscération pour embaumement, examen post-mortem.)

En Europe, le 1er,  Mondino, dit avoir disséquer le cadavre de deux femmes en 1315.
Cette pratique de la dissection ( et de l'anatomie) a été combattue.
Le pape Boniface 8 promulgua un texte s'opposant à la dissection. Mais ensuite il n'y eut pas d'opposition institutionnelle aux dissections.
Cependant des obstacles d'ordre culturel, liés au christianisme, entravèrent le développement de l'anatomie. Par exemple la nécessité de conserver l'intégrité du corps découle du dogme de la résurrection des morts: on protégeait les corps morts de l'assaut des vivants.

Plus tard, la dissection est publique; elle se fait  avec les chirurgiens qui sont des praticiens exerçant un art mécanique.
Les dissections sont publiques et les tâches sont divisées:
- un professeur du haut de sa chaire commande le déroulement, lisant et commentant les écrits.
- un démonstrateur le seconde et montres aux assistants ce que le maître explique.
- la préparation du cadavre était confiée à un chirurgien ou à un barbier.

Apparaît alors un dispositif spatial qui facilite la perception des observations: ce sera le Théâtre anatomique.
Au début, c'est un amphithéâtre temporaire, érigé dans un espace ample et aéré, avec des sièges autour en forme de cercle. les places sont assignées selon le rang des assistants et un régisseur contrôle.
Cet espace va évoluer et aboutir au Théâtre anatomique, véritable construction à ciel ouvert: c'est une structure en bois en forme de demi-cercle, à 2 ou 3 étages, avec des gradins.

La Faculté de Montpellier est la 1 ère à avoir son théâtre en 1556.
En 1584, un théâtre permanent fut construit à Padoue: cette construction en bois pouvait accueillir 200 personnes sur 5 étages. Elle était de forme ellipsoïdale.
(Coïncidence dans les formes de l'architecture et de l'anatomie : la composition des cercles et des ellipses correspondaient avec les illustrations de l'anatomie de l'oeil.)

Le Théâtre anatomique était une gigantesque métaphore concrète du regard.

Cependant les dissections ne suffisent pas: le cadavre ouvert doit être observable à chaque instant. Ainsi faute de cadavre on aura recours à l'image.

Vésale, dans l'étude de l'anatomie, va introduire des représentations très fidèles des organes. Les planches anatomiques de Vésale sont somptueuses: il donne à voir sur le papier ce qui pouvait être vu sur la table de dissection.
Mais les premiers livres illustrés d'anatomie sont dus à Da Carpi: il représente des anatomies dans un paysage; des squelettes animés et des écorchés ouvrant leur abdomen devant le spectateur.

Ainsi va s'instaurer une collaboration entre artiste et anatomiste.
Autres exemples de grand intérêt sont les planches de dissection de Charles Estienne: elles reproduisent des compositions de Rosso Fiorentino.
(Au 16 ème siècle Rosso est avec Primatice et Salviati un illustrateur des écrits de chirurgie attribués à Hippocrate)

D'autres exemples très importants d' illustrations anatomiques  sont à citer:
- de Vésale le célèbre "de humani corporis Fabrica" ,qui est incontournable.Le graveur était Stephan Van Calcar.
- de l'anatomiste Bidloo, "l'anatomie Humani Corporis", le graveur étant Gérard de Lairesse.-
- les dessins anatomiques de Gamelin qui ont eu cours, jusqu'à nous, dans les écoles de Beaux- Arts .
- enfin, les gravures de Gautier d'Agoty et les préparations séchées de Fragonard à Maison Alfort.

Toutes ces références constituent une grande richesse artistique,  méritant d'être commentée ultérieurement.

En fin de compte les artistes ont mis au service du savoir anatomique, une dimension esthétique, mais aussi un regard au delà de l'objet mort.

L'artiste fait danser les corps, met en mouvement les cadavres .
Il faudrait parler également des plastinisations actuelles et les expositions de cadavres du Docteur Gunther Von Hagens.

Le théâtre des squelettes et des écorchés n'est plus seulement l'affaire du scalpel mais du pinceau.

R. Dumoux

www.viapictura.com

Tag(s) : #Répertoire iconographique