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Sensibilité nouvelle à la misère anatomique.

Nous avons parlé des frères Tocci. Maintenant, à Paris, la préfecture de police refuse la demande d'autorisation de présentation au public de ces frères siamois en disant que cela relève de la faculté de médecine.
L'exposition des monstruosités humaines cesse d'être banale et devient choquante.
Cette affaire de refus de montrer les frères siamois Tocci, marque un arrêt dans le spectacle des difformités.

Maintenant on ira plus loin: après la disparition du phénomène de foire et de ces lieux de divertissement, apparaît un souci moral et de médicalisation. Dès les années 1880 naissent en Europe des sensibilités nouvelles à la misère anatomique.

En 1883 John Merrick, l'homme éléphant est interdit à Londres.La cruauté de ce spectacle est insupportable et John sera recuelli à l'hôpital de Londres ; il n'aura plus sa valeur marchande mais achèvera sa vie avec la compassion du public.

Maintenant le médecin va supplanter le saltimbanque et le corps du monstre sorti du théâtre de la difformité, devient sujet d'observation médicale et objet d'amour.

La science des monstres va devenir une tératologie scientifique fondée sur l'anatomie et l'embryogénie. C'en est fini du monstre vu comme une manifestation diabolique ou imagination du rapport de l'homme à le bête. Le monstre est soumis à des lois semblables à celles qui régissent le monde vivant.
Des théories voient le jour:
-Geoffry de St Hilaire évoque l'embryon sous le monstre; il pense que le monstre est un organisme dont le développement s'est arrêté. le monstre est un homme inachevé et chaque monstre est la manifestation d'un type.
-Isidore de St Hilaire va faire une classification rigoureuse et Darette va perfectionner la tératogénèse: par exemple, il va manipuler des oeufs et fabriquer à volonté des poulets monstrueux.

Au cours du 19ème siècle, apparaît le sentiment nouveau de compassion par rapport aux difformités du corps. Les Geoffroy de St Hilaire reconnaissaient le caractère humain des monstruosités.
Le corps monstrueux est un corps humain.La tératologie a montré l'appartenance à l'espèce humaine de formes de vie qui lui paraissaient étrangères.
Le monstre ne sera plus contre nature ou hors la loi, ni exclus, ni sanctionné. Il va acquérir une personnalité juridique.
Désormais la médecine va juger de la viabilité des monstres et un médecin légiste peut établir des culpabilités dans le cas d'infanticides tératologiques.

La médecine a force de loi et en même temps le public aura des sentiments vis à vis des monstres et il va ressentir les souffrances.

La princesse de Galles va à l'hôpital de Londres et rencontre John Merrick qui va lui écrire sa reconnaissance. Ce dernier recevra des dons et n'aura plus de soucis d'argent.
Après l'exhibition parfois grotesque des monstres et leur exploitation on est parvenu maintenant à la commisération et à la compassion pour les infortunes anatomiques. La société va s'organiser pour cela et on va s'adresser au coeur de chacun pour apporter de l'aide. Il y a aussi pour cela des organismes d'état et la charité religieuse.
Cette compassion, amour du prochain, prend sa source à la fin du 19 ème siècle et  va se développer beaucoup jusqu'à nous.

De la simple démonstration spectaculaire des monstres, nous sommes passés à leur prise en compte par la médecine, puis au sentiment de compassion pour les difformités afin de secourir les infortunés.

A partir de ce sentiment d'amour du prochain, va naître l'invention du handicap et d'assistance aux handicapés, avec sous-jacent et en réaction, l'apparition de l'eugénisme. Ce sera l'objet du prochain article.

 

R.Dumoux
www.viapictura.com

 

Tag(s) : #Répertoire iconographique