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Tristesse, mélancolie, abandon, paresse, caractérisent souvent les oeuvres d'art . On en parle depuis l'antiquité

 Ces divers sentiments sont liés à un trait de caractère appelé acédie.
Pour une première approche, on peut dire que l'acédieux est quelqu'un qui soliloque, qui geint et affirme que la vie est vide de sens. C'est une maladie de solitaire, le vice de nombreux grands artistes.
On peut dire que l'empire de l'acédie se développe depuis l'antiquité. (avec quelques éclipses cependant à la renaissance et à l'époque classique.)

- Dans la Grèce païenne, Akédia, désigne le refus d'autrui et aussi refus du souci de soi, c'est à dire la négligence et l'indifférence.

- Plus tard, le christianisme a développé cette notion. En sont pour preuve les traits psychologiques des moines cénobites et surtout, des anachorètes surmenés, rongés et soumis à l'épreuve. On en donne des descriptions fortes...telles les représentations de Grünewald.
- A partir du 5ème siècle, l'acédie s'étend à l'Europe entière. Cassien parle de la vie monastique  et de l'acédie. C'est le dégoût du coeur avec une série de défaillances morales et de fautes qu'elle génère telles que :
Malitia, Rancor, Desesperatio, Torpor, Evagatio mentis, Verbositas, Curiositas, Pusillanimitas. Le grand péché de l'acédie est accompagné d'un infernal cortège qui stimule la curiosité et le désir de voir, de tenter et de créer.
Ce mal de l'âme affecte toute l'activité de l'intellect et on le retrouve dans les allégories:
Dante présente les acédieux comme des bègues recouverts de boue. (Plusieurs de mes dessins de 2006 sont des représentations caractérisées d'acédieux.)
Pour Pétrarque l'acédie qui le dévore est une haine de la condition humaine.


Dans l'acédie se distinguent 3 grandes tendances :
- la tristitia.

- la pigritia.
- la mélancolia.
 On voit qu'il y aura des rapports très intimes avec la mélancolie dont il sera souvent question. La relation de l'acédie à la mélancolie est assurée par le diable.
C'est un affreux péché mais aussi une féroce maladie qui dépend des humeurs.

L'acédieux est placé sous le signe de Satan et de Saturne qui créent un déséquilibre entre les humeurs. Il y a un parallèle entre acédieux et mélancolique, et on parle du poison qui provoque cela, le mal de l'atrabile.
L'atrabile est associée à la noirceur de la terre, au froid et à Saturne.

Le moyen âge multiplie les échanges entre acédie et mélancolie et le lien avec le diable. Le diable rend acédieux par l'humeur noire qu'il produit. La faute entraîne la mélancolie qui entraîne l'acédie.

Au 13ème siècle les chrétiens secs et terreux sont signalés aux confesseurs comme acédieux : c'est la physionomie du péché et dans l'acédie on reconnaît la conduite coupable des pécheurs. (on imagine  les portraits de Breughel, ou de jérôme Bosch.)

L'acédie rejoint la théorie de la bile noire et les théologiens décrivent les effets matériels de la vie d'acédie : l'homme est immobile, saisi de stupeur, le moi se vide ; il est reclus dans le silence et son désir est exacerbé.
Dans les allégories comme dans les productions artistiques, tous ces traits et symboles apparaissent. Un imaginaire est mis en place avec aussi des bestiaires: âne facétieux, chien mélancolique ou chat diabolique.


Ambivalences et aspects positifs de l'acédie :

Cette acédie qui pourrit l'âme peut prendre une valeur positive et rédemptrice.

L'assèchement devient un allégement qui libère l'homme et au fond du vice existe la possibilité du salut.
- Les Pères de l'Eglise, St Paul, St Thomas ou Hildegarde de Bingen décrivent cette acédie rédemptrice. "L'homme se trouve renouvelé et l'acédie exige de l'homme un surcroît de travail et d'effort"
- Par ce double aspect du vice et de la vertu, l'acédie prend un sens spirituel: elle est comme l'amour, une mise à l'épreuve qui élève l'âme et le coeur vers un degré supérieur plus fort, vers une cristallisation.
(C'est aussi la pensée de la souffrance qui est reprise par les alchimistes: ils font souffrir la matière pour aboutir à une régénération par la torture.)

- A la Renaissance on revalorise l'acédie et la mélancolie. On s'inspire d'Aristote qui dit que "les hommes d'exception en politique, philosophie et art sont mélancoliques et saisis de maux dont la bile noire est l'origine."
- Au 17ème siècle on va parler de mélancolie religieuse.

En conclusion de cet article sur l'acédie, on peut dire que l'histoire récente actualise l'acédie et nous pouvons penser  qu'elle n'est ni un péché, ni une maladie d'hypocondre, mais qu'elle est un état de l'esprit et de l'âme imposé par le destin.


R.Dumoux
www.viapictura.com

Tag(s) : #Répertoire iconographique