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Nous pourrions en préambule de cet article proposer une étude analytique de la célèbre gravure de Dürer " la Mélancolie" et ainsi mettre en relief les constituants de la mélancolie. 

Nous essaierons de préciser les origines du terme de mélancolie, son contenu et son évolution.

En 1805 l'historien et philosophe , Esquirol, publie une thèse sur les Passions. Il écrit encore en 1820, "de la Lypémanie ou Mélancolie".

      Esquirol
est un personnage important puisqu'il est considéré comme l'inventeur de la psychiatrie moderne.
Il a créé une expression scientifique pour désigner diverses aliénations et en particulier, la monomanie : c'est la Lypémanie (ou Mélancolie) Il créé un concept nouveau, un objet psychiatrique.

 Esquirol évoque Hippocrate qui parle de morosité de tristesse prolongée . Il cite aussi Gallien médecin romain de 130 à 200 qui étudie les humeurs et a décrit la bile noire qui obscurcit l'esprit.
Esquirol étend le mot mélancolie à tout délire partiel, chronique et il propose le terme de monomanie qui est une espèce de folie dans laquelle le délire est partiel et permanent.

- Le maître d'Esquirol est Pinel (médecin aliéniste à l'hôpital de Bicêtre) qui déjà définit la mélancolie. "C'est un délire exclusif sur un objet et la personne est imprimée par une idée dominante et chimérique."
Ainsi il passe en revue des cas historiques comme Tibère,  Louis XIV, Pascal, Zimmermann (architecte baroque du 18ème siècle), Rousseau. Selon lui , la mélancolie est une lésion des fonctions intellectuelles et affectives.
Le mélancolique est possédé par une lésion  exclusive ou une série d'idées à passion dominante.

Esquirol dit : "la lypémanie ou mélancolie est une monomanie." Elle présente les phénomènes les plus étranges et variés: anomalies de la sensibilité, effets de la perversion des penchants et égarements des passions.

Cette maladie est en rapport direct avec le développement des facultés  intellectuelles. Plus le cerveau est en activité, plus la monomanie est à craindre.
C'est une maladie liée au  développement des facultés, au progrès scientifique comme à la création artistique et aussi au développement de la civilisation..

- Pour Esquirol, les passions de la mélancolie appartiennent à la vie organique.
Les Anciens avaient été confus et ils ne voyaient dans la mélancolie que tristesse, crainte.
Pour Esquirol, la viscéralité est très importante et il parle du colon transverse.
On a déjà parlé de lésions de viscères abdominaux, d'intestin déplacé chez des aliénés. La région épigastrique des côtes à l'ombilic est le lieu où le malade désigne  la souffrance dans le corps.
Esquirol dit que le déplacement du colon est fréquent chez les mélancoliques et les aliénés.

(Cette viscéralité, c'est le retour à l'épigastre, c'est à dire à la kardia en grec, le refoulé viscéral. pour certains la Kardia est le siège de l'âme et tout ce que l'âme pense, c'est dans la région précordiale et rien ne se passe dans la tête.)

- Au 18ème siècle, Cabanis, également, a donné toute son importance à la viscéralité.
Il avait établi et situé les passions dans les viscères.

Il s'agira maintenant de l'évacuation de cette viscéralité pour envisager des aspects plus psychologiques..
 - Pinel était attiré par la forme et la proportion et il parle de l'expression des passions chez les peintres.
- Ainsi dans sa suite, Esquirol, va prêter une grande importance à la posture et à l'expression. Il dit que les passions déterminent des efforts qui sont la cause de mouvements physiognomoniques.

- Chaque passion pourra être caractérisée : c'est ce que fera Lavater en recherchant dans la physiologie l'état de l'âme des patients. Par exemple des traits particuliers de physionomie s'observent chez les maniaques. Il est possible de dessiner diverses têtes et de les comparer aux portraits des grands peintres qui ont essayé de peindre les passions.

On pense à Charles Lebrun et à ses têtes d'expression.

On le remarque, il y a une évolution, de la mélancolie considérée comme maladie  due aux humeurs ou aux fonctions viscérales,à la mélancolie envisagée comme expression de traits de caractère. On passe d'une maladie organique à la physiognomonie.


Nous verrons dans l'article prochain comment cette évolution élargie de la notion de mélancolie conduira à l'idée de dégénérescence et il sera question de criminologie, de Lombroso, de Gobineau ou ensuite du Génie et de la Folie.

R.Dumoux
www.viapictura.com

Tag(s) : #Répertoire iconographique