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Dans l'article précédent, il a été question d'Esquirol médecin et historien qui parle de la Lypémanie ou Mélancolie et accorde la plus grande importance à la viscéralité.
Il avait fait dessiner plus de 200 aliénés par le portraitiste Gabriel. Il publie 27 planches de malades, gravées au burin par Tardieu. Cette question de posture mélancolique réapparaît et il en donne des descriptions et fait des commentaires d'images. Ainsi pour la lypémanie, il parle d'une femme touchée par la mort du duc d'Enghien : "très maigre, les cheveux longs et gris, les yeux grands et fixes, le teint pâle, le regard fixe, etc"

(La mélancolie, c'est la bile Noire d'Hippocrate, le poison de l'hydre de Lerne de Sophocle. Pour Gallien c'est de la bile jaune brûlée alors que pour Cabanis au 18ème siècle, il s'agit d'humeurs corrosives. dans la tradition chrétienne, cette humeur est associée au péché originel, elle est fixée à jamais dans le sang des hommes.)

La mélancolie est la face sombre du progrès. C'est dans la seconde moitié du 19ème siècle, au moment des grandes inventions que s'élaborent les idées de décadence de dégénérescence de la race avec la mélancolie comme symptôme.

L'idéologie du progrès porte en germe la perception des dangers de ce progrès et le sentiment de la décadence. La peur de la dégénérescence est l'ombre du progrès.
Les auteurs du 19ème siècle pensent que leur époque est décadente: la machine à vapeur, l'acier, la fonte, conquête du monde, confiance en soi , le dynamisme n'écartent pas le rêve de décadence.

Dans la France de 1850, on dénonce les promesses des lumières à cause de la terreur, des défaites de Napoléon et de l'anarchie de 1848. Ainsi prend forme l'idée d'un déclin de la France et cette décadence est associée à la dégénérescence de l'individu et de l'espèce.


Alors, Gobineau, écrit un Essai qui est une épopée de la dégénérescence: les grandes civilisations sont crées par des races supérieurs. Les croisements  avec des races inférieures sont un métissage et constituent une perte et une dégénérescence.

Après Gobineau, Morel, en 1857, publie un traité des dégénérescences physiques
morales et intellectuelles et invente une théorie psychiatrique.
Selon lui le type parfait dévie. Cette déviance s'aggrave dans les générations suivantes et parvient à la déchéance et à l'extinction de la lignée. Sont causes de dégénérescence: le tabac, l'alcool, la drogue et diverses conditions de vie.

A la suite de Morel, Magnan et Féré élève de Charcot vont enrichir la théorie de Morel.
Féré montre que mélancolie et maladies nerveuses sont deux aspects de la même famille qui sont transmis par les lois de l'hérédité. Ainsi il élabore une théorie de l'hérédité dégénérative et propose une lutte sociale contre les fléaux en mettant en place des mesures radicales pour se protéger des parasites, pour protéger le corps social.

C'est déjà la politique nationale socialiste : "l'utilité générale ne peut s'accommoder de la survie des improductifs, et il est impossible d'accepter sans réserve la solidarité sociale." Ainsi s'imposa la théorie de la dégénérescence, condamnant tous les malades mentaux.

- Dernier point au sujet des déviants : il s'agit de Lombroso qui cherche les stigmates permettant de reconnaître les criminels ou déviants divers: il créé une anthropologie  criminelle.

Lombroso est psychiâtre : il remarque un jour une anomalie dans le crâne d'un brigand: le cervelet a un aspect trilobé comme celui des rongeurs, des singes ou comme celui de l'embryon humain. pour Lombroso c'est une illumination : la nature du délinquant c'est l'atavisme.
 Le délinquant reproduit l'homme primitif et il représente un arrêt du développement; il demeure sauvage et arriéré.
Lombroso élabore ainsi une théorie morphologique: par exemple il dénote les stigmates du criminel : mâchoire puissante.

Lombroso se fonde sur la physiognomonie de Lavater et de Gall et s'appuie sur ses recherches dans l'armée, les hôpitaux, asiles, prisons et morgues.
Son "Uomo deliquante" est un atlas du crime et de la folie. Toute sa vie a été consacrée à l'étude scientifique du génie du crime et de la péllagre.
Et il développe son hypothèse de l'atavisme : crime folie, génie, prostitution sont dus à des altérations régressives, des retours aux origines, à l'enfance, à la vie primitive et sauvage de l'humanité.

Dans un prochain article il sera question précisément des rapports du génie et de la folie.

Autant de concepts qui sont liés aux aléas de la création artistique.

R.Dumoux
www.viapictura.com

Tag(s) : #Répertoire iconographique