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Antoni  TAPIES. Présence et pouvoir de l'abstraction. (Art.1)
(Abstraction, matière, silence et plénitude)

                  L'oeuvre de Tapies (peintre catalan né en 1923) parait déroutante dans le cas d'oeuvres isolées.
Un excellent livre est paru à propos de Tapies et cet article se fait l'écho de certains textes intéressants, à portée biographique mais surtout philosophique qui éclairent cette oeuvre monacale et mettent en évidence sa force ..

            Il est nécessaire de considérer quelques temps forts de la biographie artistique de Tapies.
A Barcelone, la chute de la République fut un événement majeur de sa jeunesse. Il fut malade et connut une métamorphose intérieure faite de clairvoyance et d'illumination. Il se sent artiste prophète, artiste chaman. Il a des goûts pour le dessin et vite il devient maître dans l'art photographique et réaliste, dans un style épidermique.

            Mais cette maîtrise le dégoûte et il se porte vers l'art maudit et l'art moderne qui le bouleverse. La paranoïa critique de Dali l'influence mais surtout Dada. Duchamp, Schwitters  puis Picasso, Miro l'imprègnent. L'art s'impose à lui comme unique chemin et l'art permet de donner un sens à la vie insupportable et à l'air irrespirable venu de  l'ordre nouveau des fascistes.

 


               L'oeuvre de Tapies contient des métamorphoses constantes issues du romantisme et du symbolisme, avec des racines magiques et chamaniques.

- Les 1ères oeuvres originales de Tapiès sont des tableaux cosmiques et des collages à base de matériaux quelconques et aussi de figures mythologiques.. Il va également utiliser l'automatisme psychique.

- Contre le réalisme photo il développe la matérialité : il va créer des pâtes épaisses en mélangeant de la peinture à l'huile et du blanc d'espagne.
Il sera influencé par Miro et ses peintures au goudron avec cordages et ferrailles.

- Puis avec Paul Klee, il renonce à la matérialité des tableaux précédents et utilise une peinture à l'huile très diluée, transparente, dégageant une atmosphère gazeuse, aérienne ou aquatique. Il créé des champs magnétiques, des étoiles, des êtres hybrides des formes géométriques, damiers et courbes flottants, un peu comme les visions de Ernst ou de yves Tanguy.


- Tapies s'intéresse à l'art abstrait, il se détourne de la narration et va travailler aussi dans le sens d'une abstraction géométrique.
Il va aussi pratiquer l'expressionnisme du geste, les essais, les erreurs et accidents. Il fait se former la matière par le mélange de toutes sortes de corpuscules: sable poussière de marbre, poils, huiles, fils, terres de couleurs.
A partir de 1952, ce sont ses 40 jours de séjour dans la désert.

- Alors les murs s'imposent  à lui par leur mutité. Ils sont muets mais les graffitis parlent : c'est un monde de traces humaines émouvantes.
C'est cette expérience très vivante d'impacts, de politique, de lacération, de souffrance ou de révolte que Tapiès a mis au jour.
- Avec cette notion du mur, Tapiès affronte le désenchantement et l'absence de sens dans le mutisme de la matière..


- Tapiès a été conforté dans son attitude en apprenant que Bodhidharma, (fondateur du Zen japonais, contemplateur d'un mur). Ce brahmane qui a passé 12 ans à méditer devant un mur pour atteindre l'illumination et la parfaite connaissance du réel, est un initiateur.
L'expérience du Zen est connue en Occident car elle a été décrite dans les textes existentialistes. Pour le Zen, l'expérience est dans le non-savoir de tous les temps. Les préceptes Zen enseignent que l'obscurité et l'illumination sont une seule et même chose. Le silence et la plénitude du tout sont une seule et même chose. La mutité, le silence, veut tout dire.

- Les murs enseignent aussi le travail de la matière, la sédimentation, la coulée d'encre et de vernis. Il use de la spontanéité comme dans la calligraphie chinoise, en bonne connaissance des matières et des matériaux. A cela s'ajoute parfois la présence de graffitis,  chiffres, lettres ou signes, comme des paysages accompagnés d'écritures.

- Avec l'amour du noir, il y a aussi chez Tapiès de plus en plus d'objets et des sculptures en terre chamotée. Il mélange l'argile cuite en poudre avec l'argile crue.
Il obtient ainsi les effets du temps qui passe, le vieillissement.
C'est le temps, la finitude et la mort, l'art de la réalité: objets, ficelles, papiers salis, assiettes, poils, linge etc.. c'est l'expression du bas de l'éphémère, du laid et du repoussant, avec la mise en évidence de l'objet souvent trivial.
L'art ancien consacre le monde des dieux et le ciel;  maintenant depuis le 18 ème c'est une réalité subjective qui s'impose.

    On le comprend l'oeuvre de Tapies prend en compte et assimile les diverses tendances artistiques du siècle avec un ressourcement dans la philosophie asiatique.

Son ouverture à la pensée extrême-orientale fera l'objet d'un prochain article.


R.Dumoux
www.viapictura.com

Tag(s) : #Répertoire iconographique