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A propos de la Peinture du Métier et de l'Héritage.


On parle volontiers à l'occasion de la présentation d'oeuvres récentes, du retour à des matériaux à des petits formats ou des collages qui peuvent être décoratifs à l'encontre des grandes machines spectaculaires de l'art actuel. Bien que très justifiée cette nouvelle approche peut paraître superficielle. Cependant on en reste souvent au stade de travaux scolaires. Par contre l'aboutissement à un métier approffondi ne se révèle qu'après de longs mois et années, dans la patience.


Dans "la carte et le territoire" Michel Houellebecq propose une réflexion poétique et philosophique à propos du Métier en art. Il cite un bel exemple, le mouvement Art and Crafts dont on connait bien les magnifiques oeuvres, qu'il s'agisse de peinture, de gravure ou d'ébénisterie. Il est ainsi question de William Morris, des Préraphaélites et de leur héritage prestigieux. Il ne s'agit pas de bricoler des effets plastiques avec des papiers de récupération ou des cartons assemblés mais de repenser en profondeur le métier de l'art à l'instar d'Art and Crafts par exemple. C'est une démarche édifiante qui m'a toujours parue exemplaire.


En effet mon activité artistique a fait que je me suis consacré depuis de nombreuses années à la recherche du Métier de la peinture. Des années de recherche personnelle furent nécessaires : il m'a fallu passer par toutes les expériences et recherches de recettes du métier de la peinture en puisant des exemples auprès des antiques, du Moyen Age et de la Renaissance,  jusqu' au 19éme siècle avec des repères comme les écrits de Pline ou encore et surtout du moine Théophile ou bien de Pacheco.


Ainsi j'ai pu expérimenter ou approcher  toutes les pratiques et tous les liants en usage ainsi que les pigments, colles,

( avec le rêve van Eyckien de la dissolution de l'ambre..! ) Ainsi j'ai pu faire un inventaire du métier et j'ai été impressionné par exemple par la préparation de base du métier de Mantegna.
Ce fut un chantier décourageant  avec comme seul guide, le culte des ancêtres : Giotto, Fra Angelico mais aussi Rembrandt, les frères  Van Eyck, Uccello, Dürer, ou Piero della Francesca.  A la fin du 19ème siécle en raison de l'invention du tube de couleur on perd les données essentielles du métier. Mais plus tard on se préoccupe à nouveau des procédés en peinture  (il y eut par exemple la parution de  l'ouvrage de Xavier de Langlais).
Concrètement mon premier travail a consisté à la réalisation des encollages, marouflages de toile fine sur bois et ensuite d'effectuer les préparations au plâtre à l'antique et à la colle de peau. Préparations successives qui sont poncées. Le mêmes pratiques se développeront ensuite sur les toiles et en particulier sur les toiles de grandes dimensions.

Il fut alors nécessaire d'aborder la pratique picturale et les éléments qui la composent : ainsi j'ai expérimenté les divers liants, résines, huiles et leur cuisson, colles, blanc et jaune d'oeuf. Peu à peu, après de longs mois j'ai privilégié le procédé à l'oeuf qui semblait mieux exprimer mon ressenti intérieur et s'adapter à ma recherche d'expression plutôt graphique, au jeté de dessinateur, sans se soucier des délais de séchage.

Finalement toute cette recherche sur de longs mois et des années avec parfois bien des hésitations s'est imposée et en même temps tout s'est clarifié peu à peu.

Ainsi, peu à peu, le procédé sans cesse mis en oeuvre est comme oublié, à l'arrière plan. Il est devenu très libre et libérateur. Seul importe alors la réalisation de l'oeuvre, la mise en valeur de toutes ses composantes. 
D'ailleurs maintenant devant une surface de 5 mètres x 3 et ses exigences diverses on ne peut se concentrer  sur des impératifs purement techniques (qui  doivent être dominés, compris, maitrisés).

 

R.Dumoux
www.viapictura.com

Tag(s) : #La peinture