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 Art aborigène. Australie du Nord.

Il s'agit des traditions figuratives en terre d' Arnhem.
C'est le peintre et anthropologue Karel Kupka qui à partir de 1964 constitua un fond d'art  australien et en particulier de la collection d'écorces peintes du musée Branly: un ensemble de 6o peintures de la terre d'Arhem, de grande importance pour l'art aborigène. C'est l'âge d'or de la peinture sur écorce.
On assiste à une intensification de cette production vers 1960, 1970, pour faire reconnaître la force des savoirs  ancestraux .
Kupka était très admiratif de la force de ces peintures: il fit 3 missions de collecte pour 3 musées, à Bâle, Paris et Camberra de 1956 à1964; il décrit les styles, les techniques et les sujets mythiques représentés..Il fut le témoin essentiel de cet art. L'administration et les missionnaires soutiennent cette activité artistique, car on souhaite valoriser la culture traditionnelle des savoirs ancestraux et on met  en place des réseaux commerciaux.
Kupka prend des photos qui montrent les peintres à l'oeuvre sur des écorces, en terre d'Arnhem: ils sont assis en tailleur, l'écorce posée sur les genoux, sous des abris de branche en forme d'ateliers sommaires. D'autres photos les montrent en train de peindre les motifs sur les corps de participants à des cérémonies de funérailles ou de fertilité.

Dans le contexte cérémoniel,les écorces peintes faisaient office de carnets de croquis sur lesquels les peintres s'exercent avant de tracer leurs motifs sur des objets rituels. Quand ils peignent, ils entonnent des chants rituels associés aux êtres ancestraux. Plus tard, la peinture sur écorce devient un support nouveau qui actualise le savoir ancestral et le transmet aux générations.

La terre d'Arnhem au Nord a un climat à la fois très sec et très humide.
Il y a une alternance de climat très humide et très sec et les aborigènes associent ces changements climatiques à l'action d'un être ancestral, force de la nature.
Le relief est rocheux et il y a là, la plus grande concentration de peintures rupestres au monde. On y voit les images millénaires d'êtres anthropomorphes animaux ou phytomorphes. Ces figures représentent des esprits: les MIMIKS qui sont des êtres filiformes dans le rocher.


Dans les territoires il y a 40 clans qui détiennent la propriété du patrimoine.
Ce patrimoine se compose de la pensée mythique des esprits WANGARR.
Ces esprits pendant leur voyage dans le cosmos ont donné sens et forme au monde.
Figures de la création en terre d'Arnhem, les Wangarrs sont des êtres hybrides
qui tiennent leurs qualités des humains animaux, végétaux, astres et phénomènes météo, en traversant les territoires par terre air ou mer. Ils influents sur la reproduction des espèces animales , végétales et sur la vie des hommes et le foetus des femmes.Pour les défunts, des représentations étaient peintes sur le torse des cadavres, pratique qui a été transposée sur les linceuls et les cercueils.

Les Wangarrs illustrent leur action à l'aide de chants,  de couplets qui racontent les saisons, les mouvements des astres et des marées,la vie animale, végétale. Les mêmes images se retrouvent dans le domaine rituel et dans l'art contemporain. Chaque peinture sur écorce est un épisode mythique, une révélation d'être wangarr dans les sites sacrés recrées dans les pistes de danse sous les pas des danseurs. Chaque peinture est une méditation figurative sur la complexité des relations humaines, sur les formes de la vie ou de l'environnement.

Matière, couleur et forme des peintures, les effets.
Il y a d'abord la collecte des matériaux: il faut aller dans les terres pour être en présence des forces ancestrales. Les pigments colorés récoltés dans les paysages  ont une origine mythique et ils contiennent des substances ancestrales: graisse urine, sang, excréments.
Les écorces se prélévent dans le savane tropicale sur les eucalyptus. Les diverses pièces sont détachées des arbres à la saison des pluies lorsque le bois est souple, ensuite elles sont durcies par le feu et aplaties avec des pierres. Le support obtenu est enduit d'un liant à base de suc d'orchidée sauvage ou de fixatif industriel. Puis une couche d'ocre jaune  ou d'ocre rouge est apposée pour peindre les motifs sacrés. .Ces motifs sont peints aussi sur la peau, sur le bois ou la pierre. Ce sont des enfilades de losanges, des bandes et croisillons , traces des ancêtres qui ont un pouvoir spirituel. Les meilleures peintures provoquent un chatoiement  une lumière qui scintille évoquant les rayons du soleil ou les reflets des fleurs blanches d'eucalyptus sur l'eau. Elles sont à la dimension du cosmos et retracent les relations entre les existants.

Origine des peintures sur écorce de la terre d' Arnhem.
En Australie du Nord des centaines de peintures rupestres d'animaux et d'esprits ( de  - 60000 à -9000)
montrent les sujets des aborigènes. Déjà on voit la structure osseuse interne et les organes à travers l'enveloppe charnelle. Ce style est appelé à Rayons X.
Les mêmes peintures étaient peintes sur la paroi de huttes temporaires à la saison des pluies pour enseigner aux enfants l'art de chasser et celui de découper la viande .
Ces peintures représentent le gibier convoités, oiseaux, poissons, mammifères terrestres et marins. D'autres peintures à rayons X révèlent des cartes anatomiques du paysage. Telle est la peinture  du Serpent  Arc en Ciel à l'origine des formes de vie;  dans ses circonvolutions il révèle la topographie du territoire , les sites géographiques étant reliés entre eux per le serpent.

Maintenant, après le retour à la terre des années 70 il y a de nouveaux groupes de peuples et il existe des centres innovants avec des courants artistiques majeurs.
Il y a de véritables écoles d'art autour de maîtres peintres. On fait une médiatisation avec les acteurs du marché sur la scène de l'art contemporain. Et l'on continue de reproduire les modèles du passé ancestral: espèces végétales, animales, esprits et motifs géométriques classiques.
L'artiste se conforme aux normes traditionnelles mais il cherche aussi des variantes..Les écorces de Kupka transposent la peinture rupestre sur des supports transportables tout en conservant le dynamisme de la cosmologie aborigène.
Telle est l'évolution actuelle du peintre ( personne faisant un travail de peinture),
Mawurndjul: il travaille sur la complexité du RARRK et créé ainsi une abstraction micro-organique très complexe et magnifique.
En 2005 il a eu une rétrospective au musée Tinguely  à Bâle,  la 1ére dans un musée pour un artiste aborigène. (avec les 1éres écorces au musée Branly)

R.Dumoux
www.viapictura.com


 

Art aborigène en Australie (terre d'Arnhem)
Tag(s) : #Répertoire iconographique