Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog



L'Abbaye de Cluny  en Bourgogne (France) (le 1100éme anniversaire)

Cluny, ce fut la "Major Ecclésia", le phare de la chrétienté médiévale. Il y avait de fastueuses et immenses  peintures murales, des sculptures, des chapiteaux très nombreux, historiés et ornés de motifs végétaux et d'inspiration corinthienne. Il faut dire que cet abbaye achevée en 1130 mesurait 187 m de long, et présentait 5 nefs à 11 travées, un choeur à déambulatoire. De tout cela il ne reste que des vestiges rares (une partie du transept).


Cet édifice magnifique et immense attisa les fureurs révolutionnaires et le vandalisme des générations suivantes qui en firent un chantier de démolition et une carrière de pierres.


Peu de vestiges donc. Cependant cette capitale mondiale de la spiritualité produisit un Sciptorium  qui donna les plus beaux chefs-d'oeuvre de l'enluminure médiévale.
A Cluny on accordait la 1ère place à la liturgie, au chant et au travail intellectuel aux dépens du labeur manuel.
C'est pourquoi entre la fin du 10ème et le début du 11ème, l'abbaye St Pierre de Cluny encourage l'exécution de manuscrits dans son scriptorium. Et à la fin du 11ème la bibliothèque de Cluny est une des plus riches en Europe et possède 570 livres.

___________________________________________________________


Quelques étapes de l'enluminure à Cluny :


- Du 10ème au 11ème, ce sont les 1ers manuscrits du scriptorium. De 948 à 994 l'Abbé Mayeul dirigea la production des livres au scriptorium de Cluny et il encourage la copie de manuscrits. Parmi toutes ces copies seuls quelques livres ont des ornements qui d'ailleurs sont assez archaïques. ( à ce moment, à la fin de l'époque carolingienne on assiste à un déclin de l'enluminure) Il s'agit souvent de simples décors à la plume d'initiales, avec parfois des entrelacs, des tresses ou des végétaux et animaux fantastiques. A Cluny il y avait aussi des manuscrits carolingiens, c'est pourquoi les motifs deviennent plus riches plus évolués.
Le scribe Warnerius a laissé de nombreuses traces de sa main. Les fleurs de lys sont sa marque. Cette production est assez austère  mais les motifs sont inspirés de l'art carolingien et mérovingien.

- Vers l'an 1000 avec Odilon : rapprochement avec le style d'Aquitaine; La grande Bible d'Odilon fut commandée au moine Franco. Le répertoire est riche et présente une belle palette colorée. de bleu, rouge, jaune et vert. On remarque une influence nette d'Aquitaine et aussi des manuscrits de Limoges.
Plusieurs autres manuscrits datent de cette époque, et ils se distinguent par le fait qu'il s'agit de dessins à la plume. D'autres présentent des décors géométriques ou à palmettes, rehaussés de jaune et orangé. Certains manuscrits ont été copiés à Cluny et offerts par Odilon à l'empereur Henri II.

- L'âge d'or de l'enluminure clunisienne. Fin 11ème, début 12ème c'est la fin de l'abbatiat de Hugues de Semur qui aura gouverné pendant 50 ans. Ce sont les plus belles productions du scriptorium de Cluny. La technique picturale de vient très raffinée, avec des matériaux précieux tels que l'or, l'argent, la pourpre et un riche programme iconographique. L'archaïsme est abandonné au profit de deux courants, l'un germanique et l'autre italo-byzantin.
Tel fut le traité d'Ildefonse de Parme qui comprend  35 enluminures richement décorées. Les deux influences pour ces décors sont la culture Ottonienne et d'autre part un courant italo-byzantin. En effet, Odilon et Hugues entretenaient des relations étroites avec les empereurs de l'époque d'où ces divers courants artistiques à Cluny.

 Ce style italo-byzantin  se manifeste aussi dans le Lectionnaire de Cluny et dans la chapelle aux moines de Berzé la ville. Cette chapelle fut le refuge privilégié de Hugues de Semur. Elle présente un riche programme iconographique avec des thèmes prisés à Rome. Le style aussi présente un coloris riche à dominante bleue et ocre. Cette référence à Rome s'ajoute aux autres influences othoniennes  et fait de Cluny un creuset de divers styles, ce qui sera l'âge d'or de la peinture clunysienne, Cluny demeurant un carrefour d'influences.
Cet âge d'or prend fin vers 1130 avec l'achèvement de Cluny 3 et la montée de l'ordre cistercien.

Le lectionnaire de Cluny : c'est un lectionnaire de l'office différent du lectionnaire de la messe. Ce sont des textes bibliques hagiographiques. C'est un volume lourd de grandes dimensions (43 x 32). Il n'en reste que 7 peintures éprouvées par le temps.
Les enluminures sont : la crucifixion, l 'annonciation, la Dormition,  St Pierre en prison... elles sont assez similaires aux fresques de Berzé la Ville. Ce fut peut-être le même atelier. Berzé qui fut la résidence préférée de Hugues.


Techniquement, c'est une mise en oeuvre des recettes médiévales du moine Théophile qui explique comment préparer les couleurs et les poser à la manière grecque. Cette technique grecque diffère de la fresque occidentale car elle présente un métier lent et à sec, des superpositions de couches comme pour l'enluminure. Elle use de dégradés subtils, de superpositions ce qui est la cause d'une moindre adhérence de la matière picturale.

___________________________________________________________


 Hélas il y eut aussi pour tous ces manuscrits si importants et aussi en nombre, une grande perte. Cette vaste dilapidation datant de la révolution, se continue au 19ème siécle en sorte que les manuscrits restant furent remis à l'école centrale d'Autun.

 

Là ce fut le pillage : les collégiens découpent des feuillets et des miniatures. Les marchands d'art complètent le désastre, pillent et vendent. Les élèves pouvaient s'introduire dans le local des manuscrits et découpaient les enluminures et les feuillets pour faire des couvertures ou des cartables.

 

Un charcutier à Cluny se servait aussi des feuillets pour envelopper des saucissons. Tel sont les faits qui font que  Cluny, capitale mondiale de la chrétienté ne témoignent plus que de vestiges, tant pour son scriptorium que pour son  architecture.
Finalement sur 570 livres magnifiques il n'en resta plus que 97 entrés à la Bibliothèque nationale  en 1881.

R.Dumoux
www.viapictura.com


> En savoir plus sur Cluny : blog  "Abbaye de Cluny 910-2010" Auteur P. Frédéric Curnier-Laroche

L'abbaye de Cluny en Bourgogne
Tag(s) : #Répertoire iconographique