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   L'art aborigène en Australie centrale
 
                  Cela se passe dans un village d'australie centrale: une grand mère peint une toile et elle chante. Elle explique à sa petite fille ce qu'elle peint et la petite fille se met à danser des danses rituelles. Elle lui explique qu'elle peint le mythe qu'elle a hérité du côté de sa famille de son père, mythe dont la petite fille sera plus tard responsable.
Par ce mythe elle désigne le site, le paysage du père. Ce site sacré  c'est une histoire mythique,c'est le rêve qu'il faut danser, chanter et peindre.
D'autres peintres peignent des événements du village ou des voyages prévus. Ils chantent aussi évoquant les mythes qu'ils peignent. Les peintres aborigènes inscrivent des histoires mythiques sur la toile selon la cosmologie aborigène: ils affirment leur relation à la terre,  aux parents et ancêtres.......avec des petits points, des cercles, zigzags, lignes et empreintes humaines ou animales.

       Comment maintenant expliquer le lien existant entre les peintures rituelles anciennes et d'autre part les peintures  récentes à l'acrylique que l'on peut observer au musée du quai Branly? Nous verrons aussi comment les aborigènes sont passés de l'un à l'autre.

      Le trait commun à l'un et l'autre est le Présent Ancestral et sa représentation. La cosmologie des aborigènes est qualifiée de Rêve ou de Temps du REVE. C'est à dire que l'on fait revivre une époque du passé qui continue à être dans le présent.. Sont représentés les mouvements des êtres mythiques sur et sous terre, déplacements qui ont moulé le relief terrestre. Ainsi les mythes peuplent les mondes,de la flore, de la faune, des vents, de la pluie,  des arcs en ciel et des humains. Ces mondes sont des sites sacrés:  lors d'une bataille d'opposum, le vainqueur jette une côte du vaincu et celle-ci devient une colline à Yuendumu.

Ce sont toutes ces histoires qui sont racontées, dansées chantées peintes  sur le corps, sur le sol, les rochers  ou sur des objets en bois, en pierre  à l'aide de pigments naturels, de charbon, de couleurs végétales et de plumes.
Traits, ovales, ou arcs de cercle peuvent évoquer des sites, des histoires des odeurs qui sont des liens entre personnes , ancêtres et territoires. Et frères et soeurs héritent des droits envers les sites, ils sont propriétaires et aussi gardiens d'un mythe ou Rêve grâce à leurs performances, danses ou peintures.

     Des peintures rituelles aux toiles à l'acrylique: depuis 1970 les aborigènes reproduisent sur toile des versions d'histoires mythiques destinées au public des touristes et musées. les acryliques s'utilisent comme les ocres sur les corps, les objets ou au sol, mais cette nouvelle palette permet aux aborigènes d'innover pour agencer les symboles du rêve et les exploits merveilleux des êtres du Présent Ancestral..
Les toiles sont peintes en foncé, noir marron rouge pour évoquer la couleur de la peau ou du sol. Cette apparition des toiles s'est  manifesté sous un régime  travailliste: le gouvernement voulut revaloriser le patrimoine des aborigènes et surtout dans les contrées éloignées des villes.. Ainsi il y eut un engouement  du marché international pour ces oeuvres chargées d'exotisme qui s'associaient bien avec la modernité.

L'état et les consommateurs transforment des oeuvres marginales en art représentant toute une nation. C'est là une grande leçon, un grand espoir!  pour des oeuvres magnifiques mais à l'abandon.

     Cela se passe dans le détroit de Torrès à Yuendumu.   (Yuen DUMU)
Peindre à Yuendumu : en 1971 un instituteur demande aux hommes de mettre en valeur leurs connaissances religieuses et leur savoir-faire dans l'école en peignant des histoires mythiques sur les murs de l'école. Puis ils vont peindre sur toile ces histoires pour le marché de l'art. il s'agit de représenter le Présent Ancestral. Il y eut un immense  public international pour ces oeuvres évoquant des TRADITIONS ancestrales en somme très traditionalistes . Les acryliques sont perçues comme des émissaires des valeurs aborigènes à travers le monde.

    Enfin à partir des années 90 les peintures sur toiles se métamorphosent.
Que représentent ces peintures ?Elles repensent les mythes et  créent des histoires mythiques publiques pour les non-initiés. Ce sont les voyages des êtres mythiques.  (Par exemple  des peintres du rêve du Feu illustrent les séquences de ce mythe sur 37 toiles.)
La peinture sur toile, loin d'être acte solitaire d'un peintre isolé  met en oeuvre une collaboration entre les peintres et leurs parents et aussi les gardiens des mythes. Les peintures sont le produit de plusieurs pinceaux.
Les peintures vont ainsi voyager dans le monde entier et les peintres deviennent les gardiens du patrimoine au delà des frontières du village.
      Puis au début du 21 éme siécle apparaissent de nouveaux registres, de nouvelles productions.
Certains peintres moins âgés essaient d'échapper à la tyrannie du Présent Ancestral et au savoir mythique et rituel: ils se limitent à des représentations sur toiles de quelques segments d'histoires mythiques.et ils donnent libre cours à leur sens créatif personnel. Mais le savoir faire se transmet tout en permettant une création plus individuelle.

    Quelques caractéristiques de ces peintures: les peintres utilisent le procédé des rayons X, c,est à dire que sur les écorces, les contours animaux ou humanoïdes contiennent en coupes les organes internes du corps et le squelette.Des images similaires datent de plusieurs millénaires dans les abris sous roche.
       Les animaux sont figurés, animés à l'aide de fines hachures :  les rarrks  peints en jaune blanc rouge.
Les motifs des Rarrk  révèlent aussi les organes de l'être du Rëve et les organes des danseurs, leur morphologie. Ces êtres du Rêve sont représentés sans action précise mais ils sont ornés de motifs de rarrk  et ils sont scintillants de lumière. D'autres êtres du rêve s'activent dans des actions comme les hommes.
En pratique chaque être du Rêve est une silhouette se détachant sur un fond. Il s'agit là de la représentation des êtres.
   Outre la figuration des êtres,il y a également la représentation des lieux:  C'est une forme d'abstraction qui ne date que de 40 ans. Cette abstraction récente a une couleur franche  avec une technique pointilliste qui créé une pulsation. Elle prolonge une tradition qui s'exprimait sur le corps ou sur le sable ou encore sur des objets rituels et des boucliers.

      Ces peintures abstraites sont des segments des itinéraires des êtres du Rêve, de leurs voyages et des traces dans le paysage. C'est une façon de figurer des événements.

Les motifs illustrent des histoires  du temps du rêve ou les dessinent sur le sable.
Un cercle représente un campement. Des lignes en étoiles représentent des mouvements par rapport à un site, ou bien un demi cercle est une personne immobile.
Cette iconographie s'apparente à une cartographie ou aussi à une pictographie d'une anatomie ou de pas sur le sol. Cela ressemble aussi aux routes tracées sur les cartes maritimes. Ce sont des itinéraires suivis par les êtres du Rêve. Par exemple la ligne sinueuse tracée par un serpent forme le lit d'un ruisseau ou bien les oeufs du python forment un amas de rochers.

Il y a ainsi chez les aborigènes, à l'aide des motifs et des pictographies, l'incorporation dans les êtres et d'autre part l'incorporation dans les lieux.
C'est une mise en ordre du monde qui reproduit les moments de la genèse du monde.
Un autre aspect de l'art aborigène sera abordé dans un prochain article avec la peinture en terre d'Arnhem en Australie du Nord.

R.Dumoux
www.viapictura.com



Tag(s) : #Répertoire iconographique