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               Le détail, la partie d'un tout , indissociable des autres fragments, concourt à l'ensemble de l'oeuvre.
Nous connaissons la statuaire de Rodin mais nous avons remarqué aussi les études et les fragments dans l'oeuvre de Rodin. Très expressifs.  ils  sont considérés  comme des oeuvres à part entière. Rainer Maria Rilke en parle dans ses visites à l'atelier de Rodin. En général l'étude fragmentaire, le non finito est un concept, une notion déterminante et une façon de penser dans l'art moderne ou actuel.


               Dans la réalité, la nature résulte d'un ensemble d'éléments emboités. Cela peut être des éléments de plus en plus petits que le spectateur parvient à explorer à l'aide de lunettes de loupes ou de microscopes.
Le tableau est lui aussi un réel composé de petites particules. On peut ainsi agrandir une partie des tableaux pour découvrir des détails. C'est ainsi que l'on découvre la facture des artistes, le mouvement du pinceau, la disposition des touches et l'épaisseur de la matière.
Mais surtout le détail découvert et agrandi donne parfois un sens différent à une scène… et peut la connoter d'une façon très forte. A partir de ce détail on découvre un sens imprévu à l'oeuvre.

               Ainsi les détails ne sont pas que des gros plans anodins. Ce sont des morceaux qui surprennent, étonnent et sont peut être la partie la plus subtile de l'oeuvre. Dans la réalité, un détail est accidentel parfois alors que dans une oeuvre peinte l'insignifiance n'existe pas, car le réel que le peintre représente est choisi. L'endroit, l'objet, l'aspect sont des partis pris qui ont une signification choisie par l'artiste.

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Détail d'un panneau a tempera "La Résurrection" - © R. Dumoux - 2011

 

                  C'est cela qui fait la richesse d'une peinture  car on découvre en elle une machine à penser, une machine pensante. A la fin du 19 éme le critique Morelli habitué à l'observation des corps démontre comment la façon apparemment anodine d'un peintre pour représenter un doigt ou une oreille est un indice sûr qu'il est l'auteur comme s'il s'agissait d'une signature.


              Plus tard Panowsky s'intéresse aussi au détail, au symbolisme caché des choses. Par exemple, dans les peintures flamandes d'humbles objets cachent une symbolique essentielle.
Un vase, un lit bien fait, un jardin clos, signifient la virginité de Marie. Ces détails ne diminuent pas la grandeur de l'oeuvre mais au contraire ils créent et enrichissent le va et vient de la pensée entre le tout et la partie. (dans la connivence du peintre)

              Plus récemment Daniel Arasse a abordé cette question du détail. Les remarques diverses sur l'observation des détails amènent le spectateur à une contemplation plus profonde des oeuvres. Et cette contemplation aboutit à une divagation personnelle du spectateur qui invente sa propre histoire à partit des motifs.
Daniel Arasse allait dans ce sens, car il préconisait une histoire parfois érudite  et aussi parfois personnelle à la limite de la fiction.
Les oeuvres, tout en imposant leur présence magique, peuvent être familières, intimes au spectateur (qui s'arrête  longuement devant elles!) Les peintures vivent pleinement et apportent aussi un sens propre à chacun: elles sont une invite à un regard libre et buissonnier dans la lecture de ces compositions figuratives.

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Détail d'un panneau a tempera "La Mort de la Vierge" - © R. Dumoux - 2011

 

            C'est cela, la richesse de la peinture figurative qui de plus, est chargée d'un mystère et d'une grande profondeur. Tout cela se passe au delà de la photo-réalité ou de l'art abstrait qui en comparaison, ne laissent pas toujours assez cette liberté de vagabonder ni de s'égarer dans les méandres d'une poésie.

            Dans la  contemplation de ces grandes oeuvres figuratives : nous ne sommes pas contraints à suivre une route déterminée, personne nous dit de penser d'une façon précise, personne n'est là pour nous apprendre ce qu'il faut comprendre. Bien sûr nous comprenons de façon lisible le sujet, le thème ou les personnages mais peu à peu le mystère va s'imposer et nous amener à rêver, à penser, à construire une liberté buissonnière d'imagination.
Le spectateur à partir d'une trame figurative bien reconnaissable de tous, part en quête de sa liberté.

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Détail d'un panneau a tempera "L'air" - © R. Dumoux - 2011

 

Maintenant dessinons des détails… de multiples détails de la réalité ou bien extraits de tableaux de Van der Weyden à Dürer ou à Piero della Francesca. En fait, je travaille à une suite de dessins de détails qui plus tard seront réalisés sur des panneaux a tempéra à l'exemple peut-être des collections de certains cabinets de curiosité .. en hommage à Ulysse Aldovrandi!

R.Dumoux
www.viapictura.com

Tag(s) : #La peinture