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Mardi 18 juillet 2006
REMBRANDT graveur.

Eau-forte, burin, pointe-sèche, manière noire, mezzotinto sont les procédés de la gravure en creux ou taille douce.
Cet art  de la gravure en creux était déjà pratiqué par les Arabes au Moyen-Age, en Espagne et à Damas pour décorer les armes, mais c'est en Allemagne à la fin du 15 ème siècle que débute son utilisation pour la production d'estampes avec  Wenzel Von Olmutz orfèvre et graveur à Augsbourg et avec Daniel Hopfer.

Les 1ères gravures se situent au début du 16 ème avec Urs Graf et et l'homme de douleur de Dürer qui utilisa la technique de l'eau-forte pour 6 gravures seulement (alors que c'est le burin qui a consacré son génie.)
A partir de 1530, l'Italie prend la relève avec Le Parmesan qui est l'expression type du  peintre graveur. A la suite de l'Italie, l'école de Fontainebleau va diffuser le procédé.
Aux Pays-Bas,c'est au dédut du 17 ème que l'eau-forte compte ses premiers graveurs originaux: Van de Velde, Jacob Savery.

La technique de l'eau forte a peu changé depuis . Tous les ouvrages et écrits le remarquent du passé à maintenant:
-Le traité d'Abraham Bosse 1665.
-L'article de Watelet dans l'Encyclopédie sur la taille-douce: 1751-1756.
-Michel Terrapon 1975.

Très tôt, Rembrandt travaille avec le peintre et graveur Jean Lievens.
Mais surtout il avait trouvé dans l'oeuvre d' Hercule Seghers une source d'émulation décisive.

Il faut parler de Seghers génie ignoré par l'art contemporain: Seghers ne cessait d'expérimenter au niveau de l'eau-forte et au niveau de l'impression.
A chaque tirage il apportait des modifications , de nouvelles encres, de nouveaux papiers teintés.
Il fut le maître spirituel de Rembrandt. et lui a permis d'étendre les  limites de la technique pour son expression personnelle.
Seghers est le plus grand aquafortiste qui soit, faisant jaillir des richesses infinies.

L'oeuvre gravé de Rembrandt comporte 290 plaques. (Il en reste 81).
L'eau-forte est son moyen artistique privilégié mais il va lui  adjoindre la pointe-
sèche et le burin.
Dans ces 290 cuivres , Rembrandt apporte une grande liberté par rapport à la technique du burin.
 Un texte du 17 ème siècle dit: "Il avait inventé une manière bizarre pour les gravures, entièrement personnelle, jamais utilisée par d'autres: il avait des coups irréguliers et isolés qui créaient un clair obscur d'une grande intensité."

Techniquement, Rembrandt utilisait un vernis plutôt mou qui lui permettait plus de souplesse et de liberté, contrairement à Jacques Callot qui utilisait un vernis dur.
Puis il gravait avec une grande maîtrise, sans calque, ni repère, sans poncif. Cependant auparavant, il travaillait à plusieurs dessins. La morsure de la plaque se faisait à l'aide d'un mordant lent, ce qui apportait une plus grande netteté  et une plus grande sensibilité au trait. Cette morsure se faisait principalement dans un bain d'acide ( contrairement à la morsure à l'aide de coulées comme dans le travail d'Abraham Bosse). Dans certains cas, Rembrandt faisait plusieurs morsures successives, en recouvrant certaines parties à l'aide d'un vernis à recouvrir.

A partir de 1640, Rembrandt a utilisé de plus en plus les techniques à sec, principalement, la pointe-sèche pour retravailler la planche déjà mordue.
Toutes les reprises, ajouts, ou suppressions donnent lieu à des états, parfois 8 ou 10 pour une gravure. Et les impressions des états étaient souvent limitées: 2 estampes par état. Parfois la conception du sujet est tellement modifiée qu'il s'agit d'une autre oeuvre.

Un exemple de gravure: " les 3 Croix"


Souvent dans les gravures de Rembrandt, il y a une base de travail à l'eau- forte.
Pour les "3 Croix", Rembrandt travaille directement à la pointe-sèche, sans base d'eau- forte et avec des reprises au burin.
Dans les 3 Croix il reprend son cuivre pour faire naître une vision nouvelle: il efface au brunissoir, au grattoir éléments secondaires qui détournent l'attention du drame central, la mort du Christ. Sur ce fond parfois inégalement aplani, il construit ses figures avec cette simplification cubiste qui caractérise son dernier style graphique. Sur cette vision, Rembrandt hachure au burin et à la pointe sèche toute la surface du cuivre.
Ainsi, il recréé totalement son sujet , métamorphosant une scène narrative du Golgotha en vision symbolique et cosmique, une crucifixion par la lumière et l'ombre.

Rembrandt aquafortiste a créé une oeuvre de lumière et de liberté. Il a commencé avec  l'eau forte puis a introduit les techniques directes . Avec la même liberté il a créé des oeuvres à la technique mixte jusqu'aux expérimentations au moment du tirage, en variant l' essuyage,  ou en utilisant de la fleur de soufre pour créer un grain très fin comparable à l'aquatinte.

(A noter enfin que dans les années 1650- 1655 ,Rembrandt a gravé plusieurs planches à la pointe sèche.)
 Assuré de l'infaillibilité de sa main, il cède à l'attrait de l'immédiateté de la pointe- sèche. Pour cela il commence par le paysage: il fixe directement le sujet sur la plaque, devant le paysage au cours d'une promenade.
Tel est "Le Bouquet d'Arbres" Ce sont des arbres en lisière de la forêt:


le graveur  laisse un grand vide, un grand blanc qui suggère une plaine écrasée de soleil, alors que la croissance des frondaisons est exhubérante.)

R.Dumoux

www.viapictura.com
Mercredi 12 juillet 2006
Dans un article précédent j'ai parlé de mon travail de gravure et en particulier des gravures du Pictorama.
Il fut question des techniques de gravure, pointe sèche, burin, techniques d'attaque directe du métal.
Quelques artistes et oeuvres de 1ère importance sont à noter car ils sont emblématiques de ces aspects de la gravure.

Dürer (outre ses gravures sur bois) est un représentant majeur de la gravure au burin. Il est intéressant d'observer une oeuvre célèbre de Dürer : les 4 sorcières ( de 1497)


Parmi les gravures au burin de Dürer, d'avant 1500, celle-ci est caractéristique d'une observation fascinée du réel. Il reconstitue la réalité.
Dürer s'émancipe des raideurs stéréotypées et schématiques du Nord.
Il recourt cependant aussi  à l'emploi de canons et de citations érudites. Il fait des spéculations à partir de Vitruve et de son traité antique d'architecture en étudiant la question des proportions du corps,  sur la base de principes géométriques.
 Il s'inspire des vestiges antiques et de la statuaire héllénistique des 3 grâces par exemple pour les "4 sorcières". Les modèles peuvent aussi  être puisés dans les monnaies et camées.

Les burins de Dürer, c'est la recherche de l'originalité :
Dürer fait la synthèse entre la reconstitution du réel (par l'observation détaillée, analytique) et la volonté de recherche de la Beauté par l'utilisation des canons et des modèles antiques.

Le burin se prête particulièrement à l'analyse détaillée, par le jeu des tailles, contre-tailles, lignes de tirets, points, criblés et dégradés, qui constituent une géométrie très analytique du réel.
Le maniement du  burin obéit à des mouvements et à une géomètrie fascinante. La main du graveur tourne la plaque sur son support (coussin de cuir) pour obtenir chaque ligne ou courbe, alors que, poussée par l'autre main, la pointe du burin creuse, avec des modulations, le sillon dans le cuivre.

Les" 4 sorcières" sont peuplèes d'objets macabres, d'un globe et d'un démon, créant ainsi une atmosphère fantastique, maléfique et érotique. La magie du burin est magnifique dans ce travail de finesse.
Au sommet de la gravure dans une sphère il y a une inscription et la date 1497 :
O.G.H. Cette inscription peut signifier: Orcus Gehenna Hadès, l'enfer dans les 3 langues bibliques. Autres significations possibles: "Dieu nous garde" ou" Maison Publique".

Mais une autre interprétation de cette gravure est relative au jugement de Pâris:
- à droite, Vénus est de face - Minerve est de dos - Junon est de 3/4 à gauche.
- Le 4 ème personnage est très revêche: c'est la Discorde.
La sphère renvoie à la pomme du jugement de Pâris. C'est une oeuvre riche qui indique comment était perçue la femme; l'atmosphère macabre peut-être une condamnation de ces nus qui suggèrent des figures diaboliques.

Dans un prochain article,  il sera question de Rembrandt graveur qui a travaillé l'eau-forte (en liaison aussi avec le burin ou la pointe sèche) et qui a apporté une grande liberté par rapport à la technique du burin qui est plus austère.

R.Dumoux
www.viapictura.com
Samedi 8 juillet 2006
Sur le site www.viapictura.com, figure un Diaporama des compositions gravées de l'ensemble monumental peint, Pictorama.
La plupart des toiles du Pictorama sont réalisées en gravure (Taille douce)
Ce sont des gravures  sur des cuivres de 24 x 30 cm chacun.


La fin de l'automne et le début de l'hiver sont propices à une repli ou à un recueillement dans les reflets du cuivre.
Chaque année, novembre et décembre voient apparaître une suite gravures.
 En particulier, les divers projets et maquettes du Pictorama sont reprises en gravure.

3, parfois 4 planches sont travaillées. La composition est redessinée sur le cuivre, parfois inversée pour retrouver le sens de l'original à l'impression.
La technique est d'attaque directe: le plus souvent, il s'agit de pointes sèches reprises partiellement au burin. Quelques effets de morsure au soufre viennent quelques fois animer les fonds d'une grisaille semblable à l'aquatinte.
Ainsi ont été réalisées en gravure sur cuivre diverses séquences de l'histoire de l'humanité: la création, la préhistoire, l'antiquité,  le Moyen -âge, la renaissance, l'époque moderne , le 19 ème siècle, le 20ème,  et l'espace, le futur.
Dans chacune de ces périodes plusieurs images sont  traitées.
Par exemple pour l'espace, il existe 4 séquences, 4 tableaux différents.

Pendant cette période annuelle de gravure, d'autres planches sont gravées: elles se rapportent à des toiles de 2 m ou 2m 50 ou bien à des projets en cours. La gravure est toujours ainsi un espace de liberté qui se développe à partir d'un schéma ou d'un modèle de base. C'est la liberté et la maîtrise de la ligne qui s' invente au bout de la pointe de diamant. Une véritable écriture naît.
Ainsi seront traités des thèmes historiques ou mythologiques ou religieux, ou encore des évocations allégoriques et symboliques.
Ces planches sont travaillées également au burin et à la pointe-sèche.

Vient ensuite le moment du tirage des estampes: c'est l'installation avec les encres à gravure, la presse, les papiers et de menus outils utilisés pour les encrages et essuyages.

Le finalité de cet article est d'inviter le lecteur à visualiser le Diaporama présenté sur le site viapictura.com
Dans un prochain article il sera intéressant d'aborder quelques techniques de gravure et surtout d'évoquer le métier de Dürer ou de Rembrandt.

R.Dumoux

ww.viapictura.com

 

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