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Le corps dans la peinture au 19ème siècle (article 4)

La peinture du 19ème accorde une importance primordiale à la représentation du corps.
A la fin de l'article précédent, j'ai cité de nombreux peintres qu'il est possible de "classer" par groupes d'affinité et chronologiquement :
- David, Girodet.
- Flaxman.
- Fussli, Blake.
- Ingres
- Géricault, Courbet, Daumier.
- Degas, Manet.
- Les Préraphaélites.
- Les Symbolistes. Moreau, Redon.
- Le Réalisme optique et photographique.
 
David, c'est la peinture d'histoire qui pose la question du costume et aussi du nu dans la peinture.
Dans le Serment des Horaces, les corps sont très visibles. David tenait à peindre d'après le modèle vivant. Mais il peint des corps irréels de perfection, vivants d'une vie idéale. C'est une peinture d'histoire fantasmée.
Dans "Léonidas aux Thermopyles", tableau  que nous voyons au Louvre, les corps ne sont pas soumis aux interdits de la vie ordinaire ; ce sont les corps transfigurés de la peinture d'histoire.

Girodet avec "Endymion" créé un type d'éphèbe (autre manifestation particulière du corps dans la peinture) très important, que David met aussi en scène avec "le jeune Barra".

Un artiste singulier est à mentionner : il s'agit de Flaxman, sculpteur anglais. En 1793, il publie un recueil de gravures d'après ses dessins sur l'Iliade et en 1795 su l'Odyssée. Ce sont des gravures au trait qui s'inspirent de la peinture des vases grecs, où tout est rendu par le contour sans ombre ni modelé. Ces recueils eurent un énorme succès en Europe et restent d'un grand intérêt à consulter. .
Ces figures sont insubstantielles, ce sont des idées de corps. (Et elles ne fournissent pas d'indication de lieu : elles sont abstraites et conceptuelles.)
Flaxman instaure un vide dans la représentation et ainsi il ouvre la porte à l'imaginaire et au fantasme.

Le fantasme : ainsi Füssli ou Blake apportent une vision très particulière du corps.
Fussli ouvre la voie au rêve et au fantastique avec une oeuvre telle le Cauchemar. Il est comme un précurseur du romantisme. Dans ses oeuvres la femme occupe une place considérable, soit magicienne, soit être fantastique ou actrice de théâtre.

Fussli a beaucoup influencé William Blake par la création d'un monde chaotique.
Blake donne un aspect original à la représentation du corps. Son art est très linéaire, mais là où il y avait un vide avec Flaxman, Blake remplit ce vide d'une étrange sensualité.
Il s'agit de corps glorieux, héroïques et musclés, ou bien de corps angéliques à la sensualité troublante, ou enfin de corps bestiaux, primitifs, tel que celui de Nabuchodonosor.
Blake tourne le dos à la nature, au modèle vivant; il libère le langage graphique et n'utilise le modèle que pour le mettre au service d'une imagination sans frein.

Ingres contrairement à Blake est très attaché au travail d'après modèle et à l'observation. Ingres a beaucoup contribué à placer le  nu au centre de l'art du 19ème siècle. Citons la Baigneuse Valpinçon ou bien Jupiter et Thétis: avec leurs outrances et déformations, ces corps sont abstraits mais aussi sensuels et  incarnent le désir. C'est aussi la même vision dans la Grande Odalisque ou dans l'Odalisque à l'Esclave que nous avons pu contempler. De même avec l'accumulation des nus dans le Bain Turc semble un assemblage de modèles d'après nature ou provenant d'autres tableaux. Il disait ne pas idéaliser et seulement accentuer les particularités et parfois exagérer.( c'est une voie possible du Romantisme)
Ces observations du corps à partir de modèles vont infléchir l'art dans le sens du Réalisme qui fera l'expérience du réel.

 Géricault a ouvert la voie dans ce sens. Le Radeau de la Méduse est une peinture d'histoire mais il pousse très loin l'impression de présence physique des corps, par une grande vigueur du modelé et l'observation exacte. Par ailleurs, il créé des oeuvres déconcertantes de réalisme : les têtes coupées et les fragments anatomiques montrent une chair humaine semblable à la viande des natures mortes : c'est un puissant effet de réel.
Daumier semble aussi un parallèle qui exerce son art à propos du peuple, de son histoire.

Courbet est le représentant majeur du Réalisme, l'héritier de la modernité conçue par Géricault.
Il est bien de citer plusieurs oeuvres de Courbet qui donne une vision forte du corps.
Dans les Baigneuses, le corps est comme un tronc de chair, proche de Rubens. Il peint comme une croûte de peinture, il valorise le côté abjecte de la peinture; comme si le corps de la peinture, la matière picturale, représentait  la matérialité du corps.
( Cette matière de la peinture est suspecte à cette époque, car seul le dessin est considéré, selon l'académie, comme l'activité intellectuelle de l'artiste.)
La gestuelle de ce tableau est à remarquer: elle parodie, de façon ironique l'aspect déclamatoire de la grande peinture.
Autre tableau de Courbet : les Lutteurs, qui sont un peu le pendant masculin des Baigneuses, mais là il s'agit du nu masculin.
Citons également l'Origine du monde ou le Sommeil qui étale les amours lesbiennes, un topos de fantasmes sur le corps.

On le comprend, la représentation du corps au 19ème siècle, présente des caractères bien déterminés et une évolution qui mérite d'être mise en évidence.
Dans cet article, j'ai tenté avec quelques exemples de montrer le passage d'un art classique à une certaine forme de romantisme puis au réalisme.

Dans le prochain article il sera question à nouveau du réalisme mais cette fois sous l'angle du réalisme optique ou photographique et à l'opposé, de l'imaginaire des Préraphaélites et du Symbolisme, du corps symboliste.
Ainsi sera effectué un survol (non exhaustif) du 19ème siècle à propos de la représentation du corps dans la peinture.

R.Dumoux

www.viapictura.com

Tag(s) : #Le corps dans la peinture